Iowa: coup d'envoi officiel de la campagne américaine

PRESIDENTIELLE US Ça commence par un caucus jeudi soir, ça se terminera à la Maison Blanche...

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Le candidat à l'élection présidentielle Mitt Romney, un mormon, a remporté samedi le premier "tour de chauffe" organisé entre les républicains en vue du scrutin de novembre 2008 lors d'une consultation informelle organisée dans l'Etat de l'Iowa (centre).
Le candidat à l'élection présidentielle Mitt Romney, un mormon, a remporté samedi le premier "tour de chauffe" organisé entre les républicains en vue du scrutin de novembre 2008 lors d'une consultation informelle organisée dans l'Etat de l'Iowa (centre). — Eric Thayer AFP/Getty Images

Depuis 1972, les caucus marquent le coup d’envoi de la présidentielle américaine. Et c’est ce jeudi soir. Explications.

>>> Pour faire plus court, vous pouvez aussi regarder ici...

Un caucus, c’est quoi?
Une réunion politique qui constitue un exercice complexe de démocratie directe. Ils concernent aussi bien les militants démocrates que républicains, et sont organisés dans certains Etats. Dans d’autres Etats, on parle de primaires, avec un système de vote plus classique. On y reviendra pour les premières qui seront organisées le 5 janvier pour les Républicains dans le Wyoming.

Et les caucus de l’Iowa alors?
Depuis 1972, c’est le véritable coup d’envoi de la présidentielle américaine et c’est jeudi soir. Même si les candidats sont déjà en campagne depuis de longs mois, l’Iowa  est la première étape pour sélectionner les candidats des partis démocrate et républicain pour la présidentielle de novembre. Jusqu’au printemps, ils sillonneront les routes des autres Etats pour tenter de convaincre les électeurs de leurs partis.

Revenons à l’Iowa…
1.784 réunions sont organisées ce jeudi dans l’Etat qui accueillent les militants de chaque parti âgés d'au moins 18 ans d'ici le 4 novembre 2008, jour de l'élection présidentielle — on peut aussi s’inscrire à l’entrée du caucus et même changer d’affiliation juste avant de participer. Toutefois, si on choisit de participer à un caucus démocrate on ne peut pas participer à un caucus républicain et vice-versa.

Le caucus débute à 18H30 (1H30 vendredi à Paris) côté démocrate et à 19H00 (02H00 à Paris) chez les républicains. Les réunions durent entre une heure et demie et deux heures.

Du côté républicain, la procédure est simple. Les électeurs inscrivent le nom du candidat de leur choix sur une feuille de papier. Celui qui remporte le plus de voix est déclaré vainqueur.

Chez les démocrates, les militants des différents candidats se regroupent dans différentes parties du lieu de réunion. Chaque candidat doit recueillir l'assentiment d'au moins 15% des présents pour être déclaré «viable». Ceux qui soutenaient un «non-viable» ont 30 minutes pour réaffecter leur voix à un autre prétendant ou chercher à convaincre d'autres militants pour atteindre ce seuil fatidique des 15%. Sinon, le groupe «non-viable» doit se dissoudre.

Au fait, l’Iowa, c’est quoi?
C’est un Etat rural du centre des Etats-Unis, de moins de 3 millions d'habitants, dont 95% de blancs. En général, lors des caucus, il fait froid, et cela a un impact sur la participation. Le temps devrait être relativement clément jeudi soir : -11° C en soirée avec un ciel un peu nuageux mais sans neige.

Qui est le favori de cette élection ?
Le jeu est ouvert.
Côté républicain (la droite, et parti de Bush), Mike Huckabee, ancien gouverneur de l'Arkansas et pasteur baptiste et Mitt Romney, ex-gouverneur du Massachusetts et mormon, se disputent la première place. Rudolph Giuliani semble hors course dans l'Iowa mais John McCain, un des hommes politiques les plus respectés aux Etats-Unis, pourrait créer la surprise et obtenir la 3e position dans l'Iowa ce qui constituerait une remarquable performance si le résultat des caucus confirme les derniers sondages.

Du côté démocrate (la gauche), trois candidats, l'ancienne Première Dame Hillary Clinton, le jeune sénateur de l'Illinois Barack Obama et l'ex-sénateur de Caroline du Nord John Edwards sont au coude à coude. Selon les derniers sondages, Obama serait légèrement devant.

>> Tous les candidats sont en photos ici

L’Iowa est-il un faiseur de roi ?
Ou le résultat de cette nuit donnera-t-il le nom du vainqueur des primaires ? Cinq des sept derniers vainqueurs des caucus de l'Iowa ont ensuite remporté l'investiture de leur parti. C'est là que sont sortis de l'ombre Jimmy Carter en 1976, Walter Mondale en 1984 et John Kerry en 2004. Mais cela n'est pas une règle. En 1988, les candidats qui ont remporté la nomination de leur parti (Michael Dukakis et George H. Bush) étaient arrivés troisièmes dans l'Iowa.

Qui gagne quoi?

Que ce soit un caucus ou une primaire, le processus est le même : les candidats se voient attribuer dans chaque Etat des délégués en fonction de leur score électoral. C’est le candidat qui, au terme de l’ensemble des primaires et caucus, a obtenu le plus de délégués — il y en a plusieurs centaines, leur nombre est proportionnel à la population de l’Etat et peut-être différent selon le parti — qui est investi candidat officiel du parti pour la présidentielle de novembre 2008. Même si formellement, le candidat n’est désigné officiellement qu’au moment de la convention de leur parti, fin août – début septembre.

Et ensuite ?
Rien ne sera joué à l'issue des caucus. Le New Hampshire organise ses primaires le 8 janvier et d'autres rendez-vous sont prévus d'ici la fin du mois. Le 5 février, des primaires auront lieu dans une vingtaine d'Etats, dont la Californie et New York. Plus de la moitié des délégués à la Convention nationale seront choisis pendant cette seule journée. Il est probable, mais pas certain, que les noms des deux candidats qui s'affronteront pour la Maison Blanche en novembre seront connus à cette occasion.

Pourquoi l’élection de novembre est inédite?
Pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, une femme, Hillary Clinton ou un Noir, Barak Obama, ont une chance sérieuse de remporter la nomination de leur parti et de devenir le 44e président des Etats-Unis. Autre nouveauté, pour la première fois depuis 80 ans, ni le président sortant, ni le vice-président ne se représente. C’est même, estime le Wall Street Journal, l’occasion de clore l’ère Reagan-Bush.  Le quotidien économique pointe que pour la seconde fois seulement depuis 1980 que Ni Reagan ni Bush père ou fils ne sera présent à l’élection. Au delà du symbole, le Wall Street Journal estime qu’il s’agit ni plus ni moins de la fin d’un courant conservateur mondial qui a été le fondement principal de la politique américaine pour plus d’une génération. Désormais, le terrain est balisé pour une redéfinition idéologique qui touchera les partis républicain et démocrate.

Pour aller plus loin

> Sur le web
• Bien sûr, le blog de 20Minutes.fr, avec journalistes et habitants.

• Le blog du New York Times, le quotidien plutôt démocrate.

• Toutes les dépêches sur Yahoo

Slate, le magazine américain en ligne, partenaire de 20minutes.fr

Versac, le blogueur français, publie une note synthétique sur la blogosphère US. Avec les liens qui vont bien. En live ce jeudi soir ici pour le «grand début de l'élection mondiale à laquelle seuls les américains peuvent voter».

> A la télé
«West Wing» en VO, «A la Maison Blanche» en VF est une brillante série américaine, qui raconte sur sept années le quotidien de l’équipe du président Bartlett. Ça repasse actuellement sur Série Club le mardi soir en VO mais on ne saurait trop conseiller les 7 saisons en DVD. C’est pointu, mais c’est la politique comme on aimerait qu’elle soit…

A noter que l'équipe de «A la Maison Blanche» est en campagne: Martin Sheen, le président Josiah Bartlett dans la défunte série, devait battre le pavé dimanche et lundi en Iowa pour l'outsider démocrate Bill Richardson, ancien secrétaire à l'Energie de Bill Clinton. Un autre outsider, le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat Joseph Biden, bénéficie du soutien du stratège du président Bartlett, l'acteur Richard Schiff (Toby Ziegler), en campagne en Iowa de vendredi à dimanche.