Campagne américaine - John McCain et sa progéniture invisible

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Par Christopher Beam

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Le candidat républicain à la Maison Blanche John McCain a critiqué le calendrier des élections primaires américaines pour la présidentielle de 2008, estimant qu'il est beaucoup trop comprimé dans le temps.
Le candidat républicain à la Maison Blanche John McCain a critiqué le calendrier des élections primaires américaines pour la présidentielle de 2008, estimant qu'il est beaucoup trop comprimé dans le temps. — Emmanuel Dunand AFP

Désolé d’en revenir sans cesse à John McCain, mais je voulais aujourd’hui parler de sa famille.

La tentaculaire progéniture de Romney, les enfants rebelles et les fresques conjugales de Giuliani, les héritages divers et variés d’Obama, la bataille contre le cancer de la femme d’Edward, etc. : dans une course où les familles des candidats occupent une place cruciale, McCain garde la sienne à l’abri des spotlights. Mis à part sa fille Meghan qui raconte avec assiduité la campagne sur son blog (où elle traite aussi du look d’Henry Kissinger), les sept enfants de McCain se tiennent à l’écart. Et leur père ne les mentionne pas non plus, même lorsque cela pourrait servir ses intérêts politiques (son fils Jimmy sert en Irak). Voici ce que McCain a récemment déclaré au New York Times :

« C’est intentionnel. Je pense simplement que c’est déplacé pour nous de parler de nos enfants.
Je voudrais juste qu’ils mènent leur propre vie. Je ne voudrais pas que l’on croie que je cherche à en tirer parti. Pour moi, c’est du domaine de la vie privée, c’est tout. »

Comparons cette attitude avec celle de Mitt Romney, l’adversaire le plus acerbe de McCain (et c’est réciproque). Les cinq fils de Romney l’ont suivi pendant toute la campagne, allant jusqu’à organiser parfois leurs propres meetings en son nom. Il ne cesse de le répéter, les «familles solides» constituent pour lui l’un des trois pieds du «tabouret» américain (Ndlr : avec une économie solide et une armée solide).

Son insistance sur la famille a au moins deux objectifs. D’une part il s’attire ainsi les faveurs des soi-disant «électeurs à valeurs» qui peuvent être rebutés par son mormonisme. D’autre part il titille gentiment Giuliani, dont les enfants ne s’approcheraient pas à moins de trois mètres en public.

Je ne veux pas dire que c’est pour porter préjudice à Romney que McCain refuse de mettre en scène sa vie de famille. Mais le contraste est grand. Traîner votre famille sur la scène pour une grande et joyeuse photo, c’est jouer le jeu. (Même si, comme cette vidéo le suggère, ils étaient tous enchantés de le faire). Oublier de mentionner que son fils sert en Irak, même si ce ne serait pas déplacé, c’est dire non à ce jeu, et probablement aussi dire non à ceux qui le jouent.

La crédibilité «authentique» de McCain en a pris un coup quand il est revenu sur ce qu’il avait dit en 2000 – que Jerry Falwell (Ndlr : le créateur controversé d’une Eglise indépendante baptiste aux Etats-Unis, mort en 2007) était un « agent de l’intolérance ». Mais son refus d’embarquer sa famille à bord de la campagne devrait compter comme un pas, même petit, pour restaurer cette crédibilité. Romney a beau parler sans cesse de respect de la famille, la meilleure preuve de respect aurait été de ne pas la mêler à tout cela.

Posté Vendredi 28 décembre