«L’intervention sur la scène de crime est déterminante»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Alors que Scotland Yard se rend au Pakistan, à la demande d’Islamabad, pour enquêter sur la mort de Benazir Bhutto, Bernard Trenque, directeur de l’Institut national de police scientifique (INPS), explique quels éléments il est encore possible de trouver, une semaine après les faits.

L’enquête sur la mort de Benazir Bhutto se poursuit. Une semaine après les faits, est-il possible de trouver des éléments nouveaux?
Il est effectivement possible de trouver des indices nouveaux sur une scène de crime, mais plus ceux-ci sont découverts tard, plus il est difficile de les lier avec les faits. Les constatations les plus précoces sont évidemment les meilleures.

Nous n’avons pas l’habitude de commenter des enquêtes en cours, je n’évoquerai donc pas l’affaire Bhutto mais parlerai de notre manière de procéder en général. Les scientifiques de l’INPS n’ont pas vocation à se rendre sur le terrain, dit «la scène de crime». Ce sont les agents spécialisés de la police technique et scientifique qui interviennent en premier lieu pour récolter les éléments qui seront ensuite transmis à l’INPS pour analyse. Il est très important de soigner les manipulations afin de ne pas polluer les pièces à convictions. C’est pourquoi l’intervention sur la scène de crime est déterminante. Dans le cas d’un attentat, la scène de crime n’est pas propre, ce qui rend la collecte plus difficile. Il faut chercher des parties métalliques liées à l’explosion, des éléments chimiques entrant dans la composition de la bombe et tenir compte du résultat de l’explosion.

Quel travail effectue ensuite l’INPS?

Lorsque nous recevons les pièces à conviction, les experts des différentes disciplines s’accordent sur la hiérarchisation des analyses à faire. Elle dépend des questions qui nous sont posées. Par exemple, un cas de pistolet tâché de sang passera entre les mains de la balistique, de la biologie pour analyser l’empreinte ADN et par le labo des documents et des traces qui se chargera de débusquer une éventuelle empreinte digitale. Trois autres labos peuvent également intervenir sur les pièces à conviction: celui de physique-chimie (en cas de fibres et de débris de verre notamment), celui des stupéfiants et celui de toxicologie (chargé des prélèvements sur les personnes). Des experts sont également chargés des cas d’incendie ou d’explosion. Ils peuvent d’ailleurs se rendre sur la scène de crime pour des prélèvements. L’ensemble de ces spécialistes peuvent déposer comme experts auprès d’un tribunal.

Les résultats des analyses sont ensuite communiqués à l’enquêteur ou au magistrat qui nous les ont demandées.