Les humanitaires sont devenus des enjeux dans les conflits

DECRYPTAGE Entre les attaques contre des travailleurs humanitaires et la calamiteuse affaire de l'Arche de Zoé, 2007 aurait-elle été un tournant pour l'action humanitaire?

Nicolas Filio

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Quatre personnes ont été tuées jeudi dans l'attaque d'un véhicule de Médecins sans frontières (MSF) à l'intérieur des locaux de l'organisation dans la ville de Bor (sud du Soudan), a annoncé l'organisation, dénonçant un "acte scandaleux".
Quatre personnes ont été tuées jeudi dans l'attaque d'un véhicule de Médecins sans frontières (MSF) à l'intérieur des locaux de l'organisation dans la ville de Bor (sud du Soudan), a annoncé l'organisation, dénonçant un "acte scandaleux". — Lionel Healing AFP/Archives

Entre les attaques contre des travailleurs humanitaires et la calamiteuse affaire de l'Arche de Zoé, 2007 aurait-elle été un tournant pour l'action humanitaire?

Non, selon Philippe Ryfman, avocat et spécialiste des ONG. «Cela fait déjà trois-quatre ans que l'activité humanitaire est beaucoup moins acceptée dans les zones de conflit et même dans des zones réputées moins à risque, comme au Burundi, explique ce professeur à la Sorbonne. Les parties en conflit considèrent souvent les humanitaires comme étant au service de leurs adversaires ou comme étant des témoins gênants.»

Selon Thierry Durand, nouveau directeur général de Médecins sans frontières, le changement a eu lieu «au début des années 1990. Avant, avec la Guerre froide, on intervenait dans un camp ou dans l'autre, pas dans les deux. Depuis, se sont développées des zones de non-droit, où l'Etat est faible. Les humanitaires y deviennent des enjeux économiques ou politiques. Nous versons des salaires à nos employés, nous mettons à leur disposition des voitures. Ils peuvent donc être victimes de racket ou de vol par des factions armées souvent mal payées.»

Les ONG ont beau recruter 80 à 90 % de leur personnel de terrain parmi la population locale, elles s'exposent souvent à l'accusation d'être des instruments d'un Occident «néocolonial».

Et l'affaire de l'Arche de Zoé n'a pas arrangé les choses. «Cela nous a fait un peu de mal, reconnaît François Danel, directeur général d'Action contre la faim. Cet événement nous a porté préjudice au Tchad et au Soudan, mais nous avons communiqué de manière très claire avec les autorités pour dire que nous condamnions l'action de l'Arche de Zoé.»

Les tensions ne concernent pas que l'Afrique. «La presse sri-lankaise, pourtant indépendante du pouvoir, taxe les ONG de “tigres blancs”, une allusion à la rébellion des Tigres tamoules opposée au pouvoir de Colombo», témoigne ainsi Philippe Ryfman.

Qui ajoute : «La montée en puissance des organisations issues de pays en développement, comme les ONG brésiliennes en Afrique, diversifiera l'activité humanitaire, mais cela ne changera pas les données fondamentales : par exemple, une ONG indienne aura également des difficultés en intervenant dans une zone talibane.

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