A qui profite la crise des otages des Farc?

Sa. C.

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La libération annoncée de trois otages aux mains des Farc est "impossible maintenant" pour des raisons de sécurité, a indiqué lundi la guérilla colombienne, une affirmation démentie par le président Alvaro Uribe, qui s'est dit prêt à ouvrir un corridor humanitaire.
La libération annoncée de trois otages aux mains des Farc est "impossible maintenant" pour des raisons de sécurité, a indiqué lundi la guérilla colombienne, une affirmation démentie par le président Alvaro Uribe, qui s'est dit prêt à ouvrir un corridor humanitaire. — Mauricio Duenas AFP

Prévue à Noël puis au jour de l’An, voire pour l’Epiphanie, la libération annoncée des otages des Farc est sans cesse repoussée sans qu’une date soit formellement arrêtée. En toile de fond de cette crise qui dure et épuise les familles des otages, la guerre ouverte que se livrent le président colombien Alvaro Uribe, ennemi juré des Farc, et le président vénézuélien Hugo Chavez, médiateur contesté dans cette affaire.
 
Les Farc, une guérilla en manque de reconnaissance
 
Après les attentats du 11 septembre 2001, la guérilla des Farc s’est vue inscrite sur la liste des organisations terroristes par Washington et Bogota. Depuis, les membres ne cessent de courir après une reconnaissance que leur refuse le président colombien. Ce dernier a ainsi balayé, à plusieurs reprises, la réclamation des Farc d’être reçus pour des négociations. Depuis l’enlèvement d’Ingrid Betancourt, en 2002, et sa captivité très suivie médiatiquement, notamment par la France, les Farc occupent le devant de la scène. Privés d’interlocuteur intérieur, les Farc, qui réclament la démission d’Uribe en échange des otages, ont adoubé Hugo Chavez comme médiateur officiel, le 31 août 2007.
 
Hugo Chavez, le médiateur contesté
 
Une médiation contestée par Alvaro Uribe, qui, lassé par le peu de résultats des négociations directes entre Chavez et les chefs des Farc, y a mis officiellement fin le 22 novembre. Deux jours plus tôt, le président vénézuélien, en visite à Paris pour apporter une preuve de vie d’Ingrid Betancourt, s’était illustré par l’absence de documents probants.
 
Surtout, Chavez et Uribe se détestent. Leur rôle aux antipodes dans l’affaire des otages cristallisent les tensions: le 29 novembre, le président vénézuélien avait exclu «tout type de relation» avec le gouvernement colombien tant que Uribe serait au pouvoir, l’accusant au passage d’être un menteur effronté.

Dernièrement, les deux hommes se sont renvoyés la balle après le fiasco du 30 décembre. Chavez accuse notamment Uribe de freiner sciemment cette libération. Car si une libération prochaine redorerait le blason d’Hugo Chavez, elle porterait un coup à Uribe, dont l’intransigeance face aux Farc est un argument politique majeur.
 
Alvaro Uribe, l’ennemi juré
 
En refusant toute négociation, il ne reconnaît pas la guérilla, jugée illégale. Et en refusant de donner un poids trop important aux otages, il dévalorise la seule monnaie d’échange de la guérilla qui réclame la libération de ses membres prisonniers des geôles colombiennes.
 
La question se pose donc: Uribe a-t-il intérêt à la libération des otages? L’ampleur médiatique prise par leur sort pousse le président colombien à éviter l’accident. Depuis la médiation de Chavez, il s’est donc lancé donc un numéro d’équilibriste : il ignore les Farc mais donne une chance à la médiation, qu’elle soit vénézuélienne ou française, en autorisant la libération de Rodrigo Granda et en proposant des zones démilitarisées pour l'échange humanitaire.
 
Cependant, le président colombien a jeté le trouble, lundi, sur une situation déjà confuse: il a affirmé qu’Emmanuel, le fils de Clara Rojas, aurait échappé aux Farc depuis longtemps et serait à Bogota. Une façon de tâcler une fois de plus la guérilla en l'accusant de mentir sur ses otages.