L'ombre du nettoyage ethnique derrière les affrontements au Kénya

KENYA Les émeutes qui ont suivi le scrutin présidentiel ont fait plus de 250 morts...

JH, avec agences

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A Kisumu, 48 cadavres, la plupart présentant des blessures par balles, ont été apportés dans la nuit de lundi à mardi à la morgue de Kisumu, dans l'ouest du Kenya, après de nouvelles émeutes, a déclaré à l'AFP un employé de la morgue. La police en a transporté sept autres dans la matinée.
A Kisumu, 48 cadavres, la plupart présentant des blessures par balles, ont été apportés dans la nuit de lundi à mardi à la morgue de Kisumu, dans l'ouest du Kenya, après de nouvelles émeutes, a déclaré à l'AFP un employé de la morgue. La police en a transporté sept autres dans la matinée. — Tony Karumba AFP

Plus de 250 morts, peut-être 300… Les émeutes entourant la réélection controversée kényan Mwai Kibaki ont tourné aux affrontements ethniques, et fait sortir de leur torpeur les chancelleries occidentales.

Les nouvelles violences qui ont éclaté mardi, notamment dans la vallée du Rift où 30 personnes ont été brûlées vives dans une église d’Eldoret et plus de 100 blessés par balles ou par flèches, sont désormais ouvertement décrites comme un «nettoyage ethnique». «Une ethnie prend pour cible une autre ethnie dans ce qui peut véritablement être qualifié de nettoyage ethnique», a dit à l’AFP un haut responsable de la police kényane. Ces violences politiques doublées de vieilles rivalités tribales font craindre au quotidien Daily Nation que le Kenya soit «au bord de la liquéfaction complète».

«Ils nous ont volé notre victoire et maintenant ils tirent sur nous. Comment un seul homme (Kibaki) peut-il tromper toute une nation? Si des opérations de guérilla sont lancées, je suis prêt à y participer», affirme à Reuters Stanley Bwire, sympathisant de l'opposition et gardien de nuit à Nairobi.

70.000 déplacés
Ainsi menacés, au moins 70.000 personnes ont été déplacées dans l'Ouest du Kenya, affirme la Croix-Rouge. Des images aériennes de zones de l'ouest du pays montre des centaines de maisons et huttes incendiées et des barrages routiers installés tous les dix kilomètres sur les routes. «C'est un désastre national«, a déclaré lors d'un point de presse le secrétaire général de l'organisation, Abbas Gullet. Seules les personnes du «bon groupe ethnique» peuvent franchir ces barrages, a-t-il ajouté sans préciser de quelles ethnies étaient originaires les auteurs de ces contrôles.

Des millions de shillings (la devise kényane) de nourriture ou de vêtements seraient partis en fumée dimanche soir lorsque des émeutiers ont incendié les échoppes appartenant à des membres de l'ethnie kikuyu, dont est issu le président Mwai Kibaki.

Dialogue et retenue
Inquiète de cette spirale meurtrière, la communauté internationale, de l’union européenne aux Etats-Unis et aux pays africains, a de nouveau appelé mardi à la concertation et au dialogue le président réélu Mwai Kibaki, et le chef de l'opposition Raila Odinga qui l'accuse de fraudes. Ce que semble confirmer un document obtenu par le correspont du Monde à Nairobi.


Fraude massive
Les deux camps se rejettent mutuellement des accusations de fraude électorale. La Commission nationale des droits de l'homme du Kenya, financé par l'Etat kényan a estimé que le scrutin était «dénué de crédibilité». Tous les sondages précédant les scrutins présidentiel et législatifs organisés le même jour donnait Odinga vainqueur.