Attaque à Londres: Pour les expatriés français, la ville reste plus sûre que Paris

TERRORISME Les Français habitant la capitale britannique se sentent davantage en sécurité de ce côté de la Manche mais redoutent de nouveaux attentats…

Thibaut Chevillard

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Des policiers près de Westminster après l'attaque meurtrière qui a touché Londres le 22 mars 2017
Des policiers près de Westminster après l'attaque meurtrière qui a touché Londres le 22 mars 2017 — James Gourley/Shutterst/SIPA

De notre envoyé spécial à Londres,

Après Paris, Bruxelles, Nice et Berlin, c’est au tour de Londres d’être frappée par Daesh. Parmi les victimes de l’attentat de Westminster, trois jeunes lycéens français originaires de Concarneau (Finistère), qui participaient à un voyage scolaire. Par chance, leurs jours ne sont pas en danger. Mais le nombre de victimes françaises aurait pu être bien plus élevé quand on sait qu’entre 300.000 et 400.000 expatriés vivent dans la capitale britannique, soit la sixième plus grande ville française.

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Londres est-elle toujours l’une des villes les « plus sûres au monde », comme l’affirme son maire, Sadiq Khan ? Pour les expatriés interrogés par 20 Minutes, la réponse est oui. « Ici, on peut se promener en pleine nuit sans problème. C’est ultra-sûr », affirme Marie, 31 ans, Londonienne depuis 3 ans. « Il y a plus de policiers dans les rues, et des caméras de surveillance sont installées partout », précise Marine, 32 ans. Habitant ici depuis cinq mois, elle se sent notamment plus à l’aise dans le métro londonien. « Personne ne squatte sur les quais ou dans les couloirs, il n’y a pas de petit trafic visible et il est beaucoup plus propre », estime la jeune femme qui travaille dans le secteur médical.

Diane, 29 ans, complète : « Il y a du personnel dans tous les couloirs. Alors qu’à Paris, on peut se retrouver toute seule, la nuit, sur le quai en attendant le métro. Pour une fille, ce n’est pas toujours très rassurant. » Travaillant dans une banque, elle a eu l’opportunité de partir vivre en Angleterre il y a six ans. De manière générale, elle se sent moins en insécurité de ce côté-ci de la Manche. « Quand je retourne à Paris, je ressens à chaque fois une différence en arrivant à la gare du Nord », confie-t-elle.

De son côté, Henry, 29 ans, estime que si les Français se sentent davantage en tranquillité à Londres, c’est aussi parce que certains quartiers de la capitale française « sont en train de se paupériser ». Londres, au contraire, serait en train « de se gentrifier ». « Après la crise, la ville a rebondi tandis que Paris devient de moins en moins dynamique », affirme le jeune homme qui travaille dans la finance. « Londres est une ville très riche et très chère. Les personnes les plus pauvres ont été obligées de se replier en banlieue », analyse Marie, originaire de Strasbourg.

Mais concernant la menace terroriste, Henry se montre réaliste. « Je ne pense pas que le Royaume-Uni soit plus efficace que la France pour lutter contre ce phénomène. Ils ont des services de sécurité aussi bons que chez nous. Cet attentat aurait pu avoir lieu dans n’importe quelle grande ville d’Europe », souffle le jeune financier qui habite au bord de la Tamise depuis dix ans. D’ailleurs, les Anglais qu’il connaît ne sont pas vraiment surpris par ce qui s’est passé mercredi après-midi.

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Diane, elle, est encore sous le choc des attentats du 13 novembre 2015. Elle sait aussi que Londres est une des cibles de Daesh. « Depuis les attaques en France, je stresse un peu quand je vais au cinéma. » Marie, de son côté, ne prend plus le métro pour se rendre à son travail depuis les attentats de Bruxelles, il y a un an. « Les tunnels sont si étroits qu’il serait très difficile de s’extirper des wagons s’il arrivait quelque chose. C’est pour cette raison qu’il avait été visé par Al-Qaida en 2005 », explique la jeune femme qui travaille dans un hôtel de luxe.

Les Londoniens, eux, n’hésitent pas en revanche à emprunter les transports en commun pour se déplacer. Même après l’attentat de mercredi. « C’est dans leur mentalité. Ils sont pragmatiques, ils estiment qu’il faut avancer, passer à autre chose. Ils se sont remis très vite de l’attaque de Westminster », résume Marie. Henry confirme que « mercredi soir, les gens étaient de sortie, il n’y avait pas de scène d’angoisse ». Peut-être parce qu’eux aussi ont connu en 2005 une vague d’attaques meurtrières. Mais aussi, dit-il, parce que l’attentat de Westminster n’est pas de la même ampleur que ceux de Paris.

« Les Britanniques n’ont pas besoin de rehausser leur niveau de sécurité »

Marie, elle, a bien constaté que des renforts de policiers ont été déployés dans Londres depuis trois jours, devant les gares notamment. « Mais les Britanniques n’ont pas besoin de rehausser leur niveau de sécurité. Ils estiment d’ailleurs qu’il est suffisamment efficace puisque l’assaillant n’a pas réussi à rentrer dans le Parlement. En outre, ils ont de très bons services de renseignement. Ils n’ont donc pas besoin de mettre des militaires dans les rues pour dissuader les terroristes de passer à l’acte. » Elle ne redoute qu’une seule chose : que l’attaque de mercredi ait donné « des idées à d’autres » qui voudraient imiter son auteur. « Si ça se reproduit, je ne sais pas comment les Britanniques réagiront cette fois. »