Trump a promis d'abroger Obamacare pendant 18 mois, il a capitulé en 18 jours

ETATS-UNIS Vendredi, les républicains ont été forcés de retirer leur projet de loi, faute d'une majorité suffisante...

Philippe Berry

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Donald Trump à New York, le 7 octobre 2016.
Donald Trump à New York, le 7 octobre 2016. — Evan Vucci/AP/SIPA

« Repeal and replace Obamacare » (« Abroger et remplacer Obamacare »). Pendant près de sept ans, ce fut le cri de ralliement des conservateurs américains contre la réforme de la santé signée par Obama en 2010. Et pendant les 18 mois de la campagne, Donald Trump l’a promis et répété inlassablement, à 68 reprises publiquement et 435 fois sur Twitter, supprimer cette «loi catastrophique» serait sa priorité.  Mais alors qu’ils contrôlent la Maison Blanche et le Congrès, le président américain et les républicains ont capitulé en seulement 18 jours, forcés de retirer vendredi leur projet de loi santé présenté le 7 mars, faute d’une majorité suffisante. Autopsie d’un échec retentissant.

Des promesses à répétition

« Nous allons immédiatement abroger et remplacer Obamacare – et personne ne peut le faire aussi bien que moi », promettait Trump mi-2016. Et juste avant l’élection, il le répétait encore : « La première loi que je signerai sera pour remplacer Obamacare. » Ou pas.

Un projet de loi introuvable

Début mars, alors que Donald Trump est en poste depuis près de deux mois, le sénateur libertarien Rand Paul s’impatiente : mais où est donc ce fameux projet de loi ? Il tente un coup de force et essaie de pénétrer dans la salle gardée où se trouve une copie du texte. Il se fait rembarrer. Et s’énerve devant les caméras : « Tout a été négocié dans le plus grand secret, qu’est-ce qu’ils essaient de cacher, que c’est un Obamacare light ? »

Le texte veut séduire tout le monde. Il ne plaît à personne

De fait, le projet de loi, présenté le 7 mars, tente un grand écart impossible. Il conserve certaines portions d’Obamacare mais il supprime le cœur de la loi, qui oblige les Américains à souscrire à une couverture santé. Officiellement, le but est de réduire les déficits. Mais le rapport du bureau du Budget du Congrès tire la sonnette d’alarme et prédit que plus de 20 millions de personnes pourraient se trouver sans assurance. Et les personnes âgées seraient les premières à trinquer, avec des coûts multipliés par sept pour les retraités gagnant moins de 26.000 dollars par an. Les manifestations locales se multiplient, les démocrates encouragent les électeurs à harceler leurs élus et le soutien populaire pour le texte s’effondre, à seulement 17 %, selon un sondage de Quinnipiac University.

La fronde des élus conservateurs

Le Speaker de la Chambre, Paul Ryan, sort le fouet, en vain. Il se retrouve coincé entre les élus modérés et les ultra-conservateurs du Freedom Caucus. Impossible de faire une concession d’un côté sans braquer l’autre. Donald Trump s’implique alors personnellement. Il cajole et menace, prédisant que les midterms de 2018 seront « un bain de sang » pour ceux qui refusent de serrer les rangs. Mais n’est pas Frank Underwood qui veut. Le vote, qui devait se tenir jeudi, est d’abord repoussé. Donald Trump, le roi des négociateurs, jure-t-il, tente un coup de poker tout droit sorti de son livre emblématique The Art of the Deal : c’est vendredi sinon rien. En fin de matinée, Paul Ryan vient le voir et lui annonce la mauvaise nouvelle : malgré la plus large majorité républicaine depuis 1928 à la Chambre, le compte n’y est pas.

Trump veut passer à autre chose

Après une claque assénée par les juges sur son décret anti-immigration, Donald Trump reçoit ici un uppercut. Décoché par ses propres troupes. « Obamacare est la loi du pays et va le rester dans un futur proche », indique Paul Ryan, vaincu. Désormais, Donald Trump veut passer à autre chose, le temps « de laisser Obamacare imploser », dit-il. Prochain objectif : une réforme du système d’imposition. Avant d’en arriver là, il devra d’abord échapper à la pluie radioactive de l’enquête sur la Russie, qui commence à tomber à grosses gouttes. Après moins de 100 jours, on n’est même pas loin de l’avis de tempête.