Un an dans la vie d’un réfugié syrien, de la colère à l’engagement

PORTRAIT Il y a un an, Housam attendait comme des milliers de réfugiés syriens à la frontière greco-macédonienne, de voir les frontières rouvrir. En vain. Depuis, le jeune homme a décidé de s’engager pour soutenir les plus vulnérables à Athènes…

Hélène Sergent

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Housam est resté coincé pendant trois mois à la frontière dans le camp d'Idomeni avant de revenir à Athènes en mai 2016.
Housam est resté coincé pendant trois mois à la frontière dans le camp d'Idomeni avant de revenir à Athènes en mai 2016. — L-A.B/Care

« Cher soleil, brille un peu pour nous, il fait froid ici. Ils ne veulent pas nous laisser passer mais nous n’avons nulle part où aller ». En 2016, Housam, 25 ans, Syrien originaire de Damas, tentait de faire entendre sa voix et celle des milliers de réfugiés bloqués dans le camp tentaculaire d’Idomeni à la frontière greco-macédonienne. A 20 Minutes, il confiait alors sa colère et son désespoir face à l’inaction des états de l’Union Européenne.

Un an plus tard, nous retrouvons par hasard Housam dans le cœur du quartier populaire d’Exarchia à Athènes. Le camp d’Idomeni n’existe plus, évacué par les autorités grecques en mai 2016. La boue, la pluie et les files d’attente interminables pour obtenir un repas quotidien paraissent loin désormais. La colère du jeune homme, elle, s’est muée en une solide détermination.

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« Les réfugiés pour les réfugiés »

« Lorsque j’étais à Idomeni, j’ai retrouvé trois anciens bénévoles, Syriens réfugiés eux aussi avec qui j’avais travaillé au Liban et en Syrie pour la Fondation Jafra », explique le jeune homme. L’idée leur vient de perpétuer l’action de cette ONG dans le camp qui abrite près de 14.000 personnes dans des conditions extrêmement précaires. A six, ils mettent en place un espace dédié à des activités éducatives et psychosociales. L’association est baptisée « Jafra R2R » pour « Refugees to Refugees ».

Les fondateurs de
Les fondateurs de - Care International

« L’idée c’est aussi de prouver que nous pouvons nous organiser par nous-mêmes et modifier l'image que les gens ont des réfugiés. Nous considérons que nous avons tous une expérience ou des capacités à partager, à transmettre. C’est le meilleur moyen de créer des ponts entre les communautés », explique Housam. Chaque jour, 56 enfants puis 138 participeront à ces ateliers jusqu’à la fermeture du camp à Idomeni. L’action de l’association, aidée par d’autres ONG et quelques dons privés, se poursuit pendant l’été 2016 dans le camp de Lagkadikia dédié aux familles et aux femmes avec enfants. En août, Housam quitte le nord du pays pour se rendre à Athènes.

Un projet personnel

S’engager pour les autres sans s’oublier. C’est le défi que tente de relever le jeune homme. Etudiant en première année de droit lorsque la révolution a éclaté en Syrie, Après plusieurs années d’exil, Housam est fatigué de « perdre du temps ». Réfugié deux ans au Liban puis en Turquie, il est arrivé en Grèce au début de l’année 2016 après avoir été menacé par Daesh lorsqu’il vivait à Gaziantep à la frontière turco syrienne. « Je veux poursuivre mes études, je me suis enregistré au programme de relocalisation et j’ai eu une réponse positive de la France », précise-t-il.

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Ce programme, négocié dans le cadre de l’accord passé il y a un an entre l’Union Européenne et la Turquie vise à répartir dans les états membres les Syriens pour chaque migrant entré illégalement en Grèce et renvoyé vers la Turquie. « J’ai eu mon dernier entretien à l’Ambassade de France à Athènes il y a quelques semaines », ajoute le jeune homme. En attendant, Housam et ses amis poursuivent leur engagement. En février, ils ont ouvert un nouveau centre d’accueil dans un bâtiment du centre-ville, loué à l’ONG grecque Praksis. Objectif : offrir un toit aux femmes réfugiées voyageant seules ou avec leurs enfants, peu importe leurs nationalités.

Depuis un mois, Jafra, soutenu par Care international, accueille gratuitement sept familles réparties dans plusieurs appartements. « On suit leurs situations individuelles et l’avancée des procédures engagées, elles peuvent rester tant que leur avenir n’est pas fixé. Il n’y a pas de limite dans le temps », signale le porte-parole de l’association. D’ici là, Housam aura peut-être reçu une réponse de la France : « Si je viens à Paris, j’aimerai poursuivre ce travail multiculturel », confie-t-il. Et continuer à bâtir des ponts entre communautés.