La communauté internationale condamne l'attentat contre Benazir Bhutto

TERRORISME La femme politique pakistanaise s'est faite tuer jeudi...

avec agence

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L'ancien Premier ministre Benazir Bhutto est rentrée jeudi en larmes au Pakistan, après huit ans d'exil, saluée par 250.000 sympathisants saisis par l'émotion, dans une ville de Karachi transformée en forteresse en raison de rumeurs de menaces d'attentat islamiste.
L'ancien Premier ministre Benazir Bhutto est rentrée jeudi en larmes au Pakistan, après huit ans d'exil, saluée par 250.000 sympathisants saisis par l'émotion, dans une ville de Karachi transformée en forteresse en raison de rumeurs de menaces d'attentat islamiste. — Carl de Souza AFP

Les réactions à l'assassinat de Benazir Bhutto ne se sont pas faites attendre.

Au Pakistan, l'ex-Pemier ministre et figure de l'opposition, Nawaz Sharif, a promis jeudi aux Pakistanais de «mener leur guerre». Manifestement très éprouvé, il s'adressait à la foule massée devant l'hôpital où Mme Bhutto, 54 ans, est décédée des suites de ses blessures. «Je partage votre douleur et votre chagrin, avec la nation toute entière», a ajouté celui qui a été pourtant un rival de la victime.

Réuni jeudi soir, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'unanimité une déclaration condamnant «dans les termes les plus forts» l'assassinat.

Le President de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a condamné l'attentat, le qualifiant «d'attaque contre la démocratie et contre le Pakistan».

Les Etats-Unis, proches de Benazir Bhutto, ont eux aussi condamné l'attentat. «Nous condamnons bien sûr cet attentat qui montre qu'il y a des gens là-bas qui essayent d'interrompre la construction d'une démocratie au Pakistan», a déclaré un porte-parole du département d'Etat.

Depuis Crawford, au Texas, le président américain George W. Bush a fermement condamné un «lâche» assassinat et a demandé aux Pakistanais de poursuivre le processus démocratique.

Un «acte odieux» pour Paris

Le président français Nicolas Sarkozy a condamné un «acte odieux». Un terme repris par le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner qui «réaffirme l'attachement de notre pays à la stabilité du Pakistan et de sa démocratie, qui doivent être au centre de l'attention de toute la communauté internationale», souligne le texte. Le ministre fait «part de sa très grande émotion à la suite de l'attentat qui vient de coûter la vie à Benazir Bhutto, qu'il connaissait personnellement. Il présente ses condoléances à sa famille, aux victimes de cet attentat et au peuple pakistanais».

Jacques Chirac s'est déclaré «particulièrement préoccupé par la situation politique au Pakistan, pays dont l'engagement dans la lutte contre l'islamisme radical est, avec le soutien de nos démocraties, déterminant» avant d'ajouter que Benazir Bhutto, «première femme à diriger un pays musulman, fut une responsable politique déterminée et énergique».

François Bayrou, président du MoDem, a parlé lui d'«acte épouvantable». «Après de nombreux attentats qui la prenaient pour cible, celui-là a hélas emporté une femme courageuse, engagée jusqu'au bout pour reconstruire un pays en décomposition. Comme lors de l'assassinat du commandant Massoud, le fanatisme a ainsi atteint son but et c'est un très mauvais signe pour la situation dans cette région du monde et probablement dans le monde tout entier».

Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a dénoncé un «ignoble attentat». «Elle était, depuis plusieurs semaines, la cible des terroristes. Aujourd'hui, toute la lumière doit être faite sur l'origine de cette attaque qui intervient à deux semaines des élections législatives au Pakistan. Le courage et la ténacité dont a fait preuve Mme Bhutto depuis son retour d'exil doivent rester un exemple pour tous les Pakistanais qui luttent ardemment pour la liberté et pour la démocratie», conclut-il.

Le Parti communiste français a pour sa part exprimé sa «consternation et sa condamnation». «Une fois encore le Pakistan fait l'objet d'une tentative de déstabilisation par un terrorisme meurtrier qui profite de la faiblesse de la démocratie, de la fragilité des conditions de développement et des réponses aux attentes sociales et populaires», affirme le PCF.

Condamnations à travers le monde

En Afghanistan, le président Hamid Karzaï a condamné «un acte d'une immense brutalité» perpétré par les «ennemis» du Pakistan. Le président afghan qui a participé mercredi au Pakistan à un sommet avec son homologue Pervez Musharraf avait rencontré Mme Bhutto quelques heures avant l'assassinat.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné l'assassinat et exhorté les autorités de son pays voisin à pourchasser les «terroristes» à l'origine de l'attentat. «Le gouvernement du Pakistan ne devrait ménager aucun effort pour identifier le groupe terroriste et le punir pour empêcher toute autre action de ce type».


L'Inde
, pays rival du Pakistan, a qualifié «d'acte abominable» l'assassinat. «Nous sommes choqués et horrifiés par sa mort», a indiqué à des journalistes le ministre des Affaires étrangères Pranab Mukehrjee.
A Londres, le
ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband s'est déclaré «profondemment choqué» par l'attentat, appelant «à la retenue mais aussi à l'unité».


Le chef du gouvernement italien Romano Prodi a, quant à lui, condamné «avec indignation le fanatisme» qui a coûté la vie à l'ex-Premier ministre et appelé à «ne pas interrompre le difficile chemin vers la paix». «J'exprime ma douleur et celle du gouvernement tout entier à la suite de la mort tragique de Benazir Bhutto, une femme qui a voulu combattre jusqu'au bout avec une seule arme, celle du dialogue et de la discussion politique. Je condamne avec indignation l'aveugle fureur de la terreur qui a apporté encore du sang et de la douleur au Pakistan, un pays déjà trop martyrisé par le fanatisme».


La Russie également «condamne fermement» l'attentat et présente ses «condoléances aux proches de Benazir Bhutto». Moscou espère «que la direction du Pakistan va réussir à prendre les mesures nécessaires pour assurer la stabilité dans le pays».