Crise diplomatique entre les Pays-Bas et la Turquie: Ce qu'il faut savoir sur les tensions

DIPLOMATIE Deux ministres turcs n’ont pu participer à un meeting pro-Erdogan aux Pays-Bas samedi… alors qu’un rassemblement a bien lieu ce dimanche à Metz…

O. G. avec AFP

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Dans la nuit du 11 au 12 avril des manifestants se sont réunis à Rotterdam (Pays-Bas) pour s'indigner de l'expulsion de la ministre turque de la Famille. Lancer le diaporama
Dans la nuit du 11 au 12 avril des manifestants se sont réunis à Rotterdam (Pays-Bas) pour s'indigner de l'expulsion de la ministre turque de la Famille. — Marten van Dijl / ANP / AFP

Les tensions sont vives entre La Haye et Ankara depuis ce week-end. En cause ? Les Pays-Bas ont interdit l’entrée dans le pays à deux ministres turcs alors qu’ils devaient tenir un meeting de soutien au président Erdogan samedi à Rotterdam. Un accident diplomatique qui risque de laisser des traces. 20 Minutes fait le point.

  • Que s’est-il passé samedi ?

Samedi matin,le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu n’a pu atterrir sur le sol néerlandais. Parallèlement à cela, une autre ministre s’est vu interdire d’entrer aux Pays-Bas. A Rotterdam, la ministre turque de la Famille, Fatma Betül Sayan Kaya, arrivée par la route depuis Dusseldorf (Allemagne) samedi soir, a été empêchée d’entrer dans le consulat par la police, qui l’a reconduite à la frontière dans la nuit. La ministre « a été expulsée vers le pays d’où elle était venue », a déclaré le maire de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb. Après plusieurs heures de négociations, il s’était révélé « impossible de trouver une solution », a-t-il dit.

Fatma Betül Sayan Kaya a dénoncé à son retour à Istanbul ce dimanche la façon « lamentable » dont elle a été traitée par les Pays-Bas qui l’ont expulsée et reconduite à la frontière avec l’Allemagne. « Nous avons subi un traitement grossier et pénible (…) Traiter ainsi une femme ministre est lamentable », a-t-elle déclaré aux journalistes à l’aéroport Atatürk d’Istanbul, où elle a été accueillie par une foule brandissant des drapeaux turcs.

  • Des tensions risquées ?

Le ton est vite monté entre les deux pays. Ankara a bouclé ambassade et consulat néerlandais pour « raisons de sécurité ». Dès samedi après-midi, le président Erdogan a réagi en évoquant des « vestiges du nazisme ». Des propos qualifiés de « fous » et « déplacés » par le Premier ministre néerlandais Mark Rutte. Cette vive opposition pourrait donc signer le début d’une crise diplomatique d’ampleur.

Mais ces tensions ont été à l’origine de plusieurs manifestations, aussi bien aux Pays-Bas qu’en Turquie. Près d’un millier de manifestants munis de drapeaux turcs s’étaient rassemblés dans la soirée de samedi près du consulat de Turquie à Rotterdam, avant d’être dispersés par les policiers à l’aide de canons à eau.

A Istanbul, après des manifestations dans la nuit, des manifestants ont arraché le drapeau néerlandais au consulat des Pays-Bas à Istanbul pour le remplacer par le drapeau turc.

  • Pourquoi les Pays-Bas refusent-ils l’organisation de ce meeting ?

Le ministre des Affaires étrangères devait assister à un meeting organisé pour la communauté turque à Rotterdam dans le cadre de la campagne du référendum prévu en Turquie le 16 avril sur le renforcement des pouvoirs présidentiels. En effet, Erdogan a lancé une tournée européenne pour convaincre la diaspora turque de voter oui à ce référendum. Mais les Pays-Bas ont peu apprécié que des ministres turcs organisent des rassemblements à l’étranger pour une campagne de référendum nationale.

Si c’est un coup d’éclat, l’interdiction de venir pour le meeting n’est pas une surprise. La visite de Mevlüt Cavusoglu à Rotterdam nourrissait les tensions entre les deux pays depuis plusieurs jours. Le gouvernement néerlandais avait fait savoir jeudi son opposition à cette visite, et le meeting avait été annulé dès mercredi par le maire de Rotterdam – au motif de l’indisponibilité du gérant de la salle.

Mais le ministre turc a défié samedi matin les avertissements des autorités néerlandaises en maintenant sa visite prévue à Rotterdam et en les menaçant de « lourdes sanctions » si elles l’empêchaient de venir. De même, la venue de la ministre turque de la Famille n’était pas vue d’un bon œil par les Pays-Bas.

Plus largement, la crise entre les Pays-Bas et la Turquie survient à quelques jours du scrutin législatif néerlandais mercredi, au terme d’une campagne où l’islam a été un thème majeur. Le parti du député anti-islam Geert Wilders est donné en deuxième place par les derniers sondages.

  • Est-ce que d’autres pays ont réagi de la même façon ?

Oui. Il n’y a pas qu’aux Pays-Bas que les proches d’Erdogan tiennent meeting pour séduire la diaspora. La campagne pro-Erdogan en Europe a également provoqué des tensions avec l’Allemagne, plusieurs villes allemandes ayant annulé des rassemblements pro-Erdogan. Ce qui avait enflammé les relations entre Berlin et Ankara. Autre revers : en Suisse cette fois. Le ministre des Affaires Etrangères devait également participer ce dimanche à un rassemblement à Zurich. Une rencontre également annulée, à la suite du refus de l’hôtel où elle devait avoir lieu, selon la radio-télévision suisse (RTS).

  • Pourquoi la France autorise-t-elle ce rassemblement ?

Le ministre des Affaires étrangères turc a en revanche pu atterrir samedi soir dans l’est de la France, à Metz, où il doit participer dimanche à un meeting à l’invitation de la branche lorraine de l’Union des démocrates turcs européens (UETD), qui organise des meetings électoraux pour le parti AKP du président Recep Tayyip Erdogan.

Une source diplomatique française a confirmé que « le ministère des Affaires étrangères a été informé de la venue du ministre » turc, soulignant « le fait que le ministre turc puisse tenir son meeting tient (…) de la liberté de réunion ». Selon Le Monde, la préfecture de Moselle a été autorisée par le Quai d’Orsay et ce rassemblement ne présente pas « de menaces à l’ordre public ».

Ces incidents diplomatiques prouvent une nouvelle fois que l’Europe ne parle pas d’une même voix sur les questions de politique étrangère. Au grand regret de certains dirigeants européens. Le chancelier autrichien Christian Kern a ainsi appelé à « une réponse collective de l’Union européenne pour empêcher de tels événements de campagne ».