Corée du Sud: La longue marche vers la destitution de la présidente Park Geun-Hye

JUSTICE La dirigeante est soupçonnée depuis des mois d'être au centre d'un vaste scandale de corruption…

N.R. avec AFP
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La Cour constitutionnelle de Corée du Sud a rendu sa décision vendredi 10 mars.
La Cour constitutionnelle de Corée du Sud a rendu sa décision vendredi 10 mars. — Chine Nouvelle /SIPA

Après des mois de scandale, de révélations et de manifestations, la Cour constitutionnelle sud-coréenne a fini par entériner ce vendredila destitution de la présidente Park Geun-Hye. Les magistrats lui reprochent notamment un manquement à l’Etat de droit et des abus de pouvoir, en lien avec sa confidente, Choi Soon-Sil. Retour en cinq étapes sur un feuilleton qui a secoué le pays.

  • Juillet 2016 : les premières révélations

Les médias coréens révèlent qu’une amie de longue date de la présidente, Choi Soon-Sil, aurait utilisé depuis 2015 sa relation avec Park Geun-Hye pour alimenter en argent ses deux fondations baptisées « Mir » et « Sport K ». Celles-ci auraient été financées par les « chaebols », les puissants conglomérats sud-coréens tels que Samsung, et une partie des sommes aurait été détournée par Choi Soon-Sil.

L’affaire se complique fin octobre, lorsque les médias découvrent que la confidente aurait même corrigé des discours de la présidente, alors qu’elle n’avait aucun rôle officiel dans l’organigramme. Choi Soon-Sil hérite alors d’un surnom : « Raspoutine », en référence au célèbre moine qui avait eu une grande influence sur la famille impériale russe.

  • 29 octobre 2016 : manifestation à Séoul

La contestation populaire prend forme : plusieurs milliers de Coréens descendent dans les rues de la capitale pour demander la démission de la présidente. Les excuses publiques de Park Geun-Hye semblent n’avoir aucun effet : début novembre, un sondage révèle que 67 % des Coréens souhaitent son départ. Seulement 9,2 % approuvent son action.

Alors que la justice commence à enquêter et arrête Choi Soon-Sil, les manifestations ne faiblissent pas et se poursuivent en novembre. Dans le même temps, les enquêteurs annoncent leur intention d’entendre la présidente, ce qu’elle refusera. Plusieurs grands patrons sont auditionnés pour chercher à savoir si la présidente faisait pression pour qu’ils versent de l’argent aux fondations de son amie, en leur promettant en retour des faveurs politiques.

  • 9 décembre 2016 : le Parlement vote la destitution

Les députés sud-coréens décident d’enlever temporairement les pouvoirs exécutifs à Park Geun-Hye, une première dans l’histoire démocratique du pays. « Je suis tellement désolée pour tous les Sud-Coréens d’avoir créé ce chaos national par ma négligence », explique-t-elle lors d’une allocution télévisée.

La mobilisation populaire ne faiblit pas : la veille de Noël, des centaines de milliers de manifestants réclament une nouvelle fois le départ définitif de la présidente.

  • 17 février 2017 : l’héritier de Samsung est placé en détention provisoire

Lee Jae-yong, petit-fils du fondateur de Samsung, et vice-président du conglomérat, est arrêté et mis en examen pour corruption. Un deuxième choc pour le groupe qui représente 20 % des exportations du pays, après la désastreuse affaire des batteries explosives du Galaxy Note 7.

L’héritier est accusé entre autres d’avoir versé près de 40 millions de dollars de pots-de-vin à la confidente de l’ombre de Park, en contrepartie de faveurs politiques. Malgré ses dénégations, son procès pourrait s’ouvrir cette année.

  • 10 mars 2017 : la destitution… et après ?

La décision de la Cour constitutionnelle sud-coréenne va obliger la présidente à quitter la Maison Bleue, sa résidence officielle, dans les prochains jours. Elle n’a toujours pas été entendue par les enquêteurs, qui pourraient désormais délivrer un mandat d’arrêt à son encontre, Park Geun-Hye n’étant plus protégée par son immunité.

Une élection présidentielle anticipée doit avoir lieu dans les deux prochains mois, les médias locaux évoquant la date du 9 mai. Le prochain président aura fort à faire : le scandale a créé un fort ressentiment contre l’establishment et les liens entre pouvoirs politique et économique. Sans parler des tensions permanentes avec la Corée du Nord et la Chine…