Comment un roman français prisé du FN a influencé Steve Bannon, le conseiller de Trump

ETATS-UNIS « Le Camp des saints », la fable migratoire apocalyptique et raciste de Jean Raspail, est souvent cité en exemple par l’ancien patron de Breitbart News…

Philippe Berry

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Le conseiller de Donald Trump, Steve Bannon.
Le conseiller de Donald Trump, Steve Bannon. — E.VUCCI/AP/SIPA

« Aujourd’hui, c’est une submersion migratoire. J’invite les Français à lire ou relire Le Camp des Saints. » Féru d’histoire et de littérature, Steve Bannon n’a sans doute pas attendu l’invitation de Marine Le Pen du 1er septembre 2015 pour découvrir la dystopie raciste de 1973 de Jean Raspail, qui aurait « impressionné » Ronald Reagan dans les années 1980.

Mais entre octobre 2015 et avril 2016, le conseiller de Donald Trump, alors patron du site Breitbart News, a évoqué à quatre reprises le roman français dans son émission de radio, relève l’édition américaine du Huffington Post. Face à la question de l’accueil des réfugiés de Syrie et d’ailleurs, Bannon l’affirme : « Ce n’est pas une migration, c’est une invasion. » Et sa réponse, c’est le décret de Donald Trump, publié lundi dans une version révisée.

« Invasion islamique »

Dans le roman de Jean Raspail, une vague « puante » d’un million d’Indiens miséreux décrits comme « une rivière de sperme », « des rats », ou encore « un boa humain affamé », s’échoue sur les côtes provençales. Et face à l’impuissance des élites bien pensantes, finit par renverser la société occidentale avec la complicité des Français « bougnoulisés ».

« Certains ont dit que ce roman apocalyptique français était raciste et nativiste mais on y est au Camp des Saints, n’est-ce pas ? », demande Steve Bannon à un invité, en janvier 2016, accusant les « élites européennes séculaires de rester passives face à cette invasion islamique », comme dans l’œuvre de Raspail. L’ancien patron de Breitbart News, la vitrine de l’ultra-droite américaine (« alt-right »), évoque alors des spéculations du Forum économique mondial sur une possible vague migratoire « d’un milliard de personnes » en cas de crise économique globale des matières premières.

« Une guerre contre le fascisme islamiste djihadiste »

Pour Bannon, un fervent catholique issu d’une famille d’origine irlandaise, l’Occident « judéo-chrétien » est « en guerre contre le fascisme islamiste djihadiste », comme il l’expliquait via Skype lors d’une conférence au Vatican, en 2014. A Rome, l’ancien banquier d’affaires a cultivé ses entrées, raconte le New York Times, développant des rapports étroits avec le cardinal américain ultraconservateur Raymond Burke, opposant majeur du pape François. Burke affirme régulièrement que « le but ultime de l’islam est la conquête du monde », et Bannon lui a fait écho dans son discours, citant « la résistance de nos ancêtres » avec la victoire de Charles Martel à Poitiers et celle de la coalition chrétienne face à l’Empire Ottoman à Vienne en 1683.

Cette vision apocalyptique de l’éminence grise de Donald Trump a également été forgée par la théorie du Choc des civilisations du politologue Samuel Huntington, publiée en 1996. Ce dernier avait à l’époque salué le livre « incandescent » de Jean Raspail, très lu dans les cercles conservateurs américains.

« Islamic States of America »

Ancien banquier d’affaires, Steve Bannon s’est reconverti en producteur hollywoodien dans les années 90. Il a ensuite réalisé une dizaine de documentaires obscurs et surtout le biopic sur sa muse Sarah Palin, The Undefeated. Le mois dernier, le Washington Post a déterré un scénario écrit par Bannon en 2008. Le titre de ce projet avorté : « Détruire le Grand Satan : La montée du fascisme islamique en Amérique ». Le plan d’ouverture : un zoom sur le Capitole américain, sur lequel flottent un croissant lunaire et l’inscription « The Islamic States of America ». Prochaine étape, la croisade ?