Daesh: La menace terroriste plane aussi sur la Chine

TERRORISME La Chine a été menacée par le groupe terroriste Daesh pour la deuxième fois de son histoire…

Lucie Bras

— 

Des policiers chinois rassemblés le 27 février 2017 à Hetian, dans le Xinjiang.
Des policiers chinois rassemblés le 27 février 2017 à Hetian, dans le Xinjiang. — STR / AFP

« Des rivières de sang. » Cette macabre promesse de l’organisation de l’Etat islamique (EI) à la Chine a été proférée la semaine dernière dans une vidéo. La Chine, pays qui ne fait pas partie des nations engagées dans la guerre en Syrie, prend cette menace au sérieux.

C’est seulement la deuxième fois que la propagande djihadiste menace la Chine. Dans cette vidéo de 28 minutes, un djihadiste armé et barbu s’exprime en langue ouighour. Cette province chinoise de 10 millions d’habitants est l’une des plus sensibles du pays. Majoritairement musulmane, elle est en conflit avec une Chine dans laquelle elle ne se reconnaît pas et connaît une stigmatisation politique et culturelle.

>> A lire aussi : Chine. La police impose le GPS pour lutter contre les «attaques terroristes» dans le Xinjiang

La menace tentaculaire

Leur région, le Xinjiang, s’étend sur un sixième du territoire chinois et possède des frontières avec le Pakistan et l’Afghanistan, des foyers du djihad international. Certains Chinois issus de cette minorité se sont radicalisés et ont rejoint les rangs djihadistes. « La Chine n’est pas à l’abri de cette menace tentaculaire. Le territoire ouighour est un terreau fertile, un terrain d’expression pour Daesh », explique Olivier Guillard, chercheur associé à l’ Iris (Institut de relations internationales et stratégiques).

Sur le nombre des radicalisés, les autorités restent floues : « Les chiffres ne sont pas communiqués par les autorités, mais on pense qu’à minima, plusieurs centaines d’individus ont rejoint les rangs des djihadistes et peuvent revenir avec cette expérience de la guerre. La Chine essaie de se coordonner avec les pays frontaliers pour essayer d’endiguer la menace terroriste, notamment le Pakistan, mais cela reste difficile. »

Le chercheur Romain Caillet relativise la portée de cet avertissement. « Si l’Etat islamique voulait vraiment menacer la Chine, ils auraient fait une vidéo spécifique. Là, sur une demi-heure, il y a 10 secondes pendant lesquelles ils menacent les Chinois », analyse-t-il. « Le principal sujet de ce film, c’est la volonté de Daesh d’excommunier les djihadistes qui ont rejoint le Parti islamique du Turkistan en Syrie », l’un des groupes terroristes concurrents de l’EI. De plus, les chances sont faibles pour que la population chinoise tombe sur l'enregistrement. « La Chine fait partie des pays les plus contrôlés du monde au niveau d’Internet », rappelle Romain Caillet.

Une nouvelle génération qui a grandi en Syrie

Pour ce spécialiste des questions islamistes, cette vidéo a un autre objectif. « Le message qu’ils veulent faire passer à la communauté, c’est le modèle de ces Ouighours émigrés en Syrie. Ils passent de l’humiliation chinoise au territoire du califat », explique-t-il. Une propagande relayée à coups d’images fortes, avec des adolescents ouighours qui s’expriment dans un arabe parfait, prenant des cours de stratégie militaire : ils font partie d’une génération qui a grandi en Syrie.

>> A lire aussi : Près de Mossoul, le «Youth center» détourne les ados isolés du recrutement des milices armées

Même si la menace reste floue, le régime prend ses dispositions et prend l'avertissement au sérieux. Depuis le début de l’année, la sécurité est renforcée dans la région. Patrouilles, checkpoints, arrestations…

Le rassemblement de policiers dans le Xinjiang pour réaffirmer la présence militaire de la Chine dans cette province.
Le rassemblement de policiers dans le Xinjiang pour réaffirmer la présence militaire de la Chine dans cette province. - STR / AFP

Les démonstrations de force se multiplient, comme ce rassemblement de soldats à Urumqi, le jour de la publication de la vidéo : 10.000 militaires ont été rassemblés en rangs serrés, pour réaffirmer leur présence. « C’est une force de contre-insurrection », souligne Olivier Guillard. « Ce n’est pas une réaction à la vidéo évidemment, mais cela montre que les autorités ont intégré cette menace dans l’équation », précise-t-il.

Une menace qui peut aussi devenir une arme de communication : d’après le chercheur, les autorités pourraient réutiliser l’avertissement de Daesh pour renforcer leur présence sécuritaire dans le Xinjiang.