La voiture électrique passée au crible

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Par Brendan I. Koerner

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Le ministre des Transports Dominique Perben a indiqué mardi avoir confié à l'ancien pilote de Formule 1, Jean-Pierre Beltoise, une mission de réflexion sur une modulation des tarifs de péages autoroutiers en fonction du degré de pollution des voitures.
Le ministre des Transports Dominique Perben a indiqué mardi avoir confié à l'ancien pilote de Formule 1, Jean-Pierre Beltoise, une mission de réflexion sur une modulation des tarifs de péages autoroutiers en fonction du degré de pollution des voitures. — Yoshikazu Tsuno AFP/archives
Les voitures électriques respectent-elles mieux l’environnement que nos véhiculent actuels, si gourmands en carburant? Après tout, une grande partie de notre électricité vient du charbon, et ce n’est pas vraiment la source d’énergie la plus propre. Ne ferions nous pas mieux de passer simplement à des voitures qui consomment moins – en échangeant par exemple nos Hummers contre des Toyota Corolla?

Vous avez complètement raison: une voiture électrique n’est pas neutre en ce qui concerne les émissions. En conduire une a toujours un coût pour l’environnement, notamment parce que 49,7% de l’électricité de notre nation est fabriquée en brûlant du charbon. Mais si on analyse les chiffres, on remarque que les voitures électriques arrivent toujours devant les moteurs à combustion interne, surtout en termes d’émissions de dioxyde de carbone.

Comparons la Toyota Compact à la Tesla Roadster, une voiture entièrement électrique qui doit être commercialisée bientôt et qui promet une autonomie de 400 kilomètres. La Corolla 2006, relativement peu gourmande, permet de parcourir en moyenne 50 kilomètres par gallon de carburant (environ 3,8 litres), avec une transmission manuelle. Pour 160 kilomètres donc, la Corolla consomme 3,23 gallons de carburants, qui produisent eux un peu plus de 28 kilos de dioxyde de carbone. (Selon l’Agence gouvernementale américaine d’information sur l’énergie, un gallon de carburant produit 8,8 kilos de dioxyde de carbone.) Ce chiffre ne prend bien sûr pas en compte l’énergie dépensée pour pomper le pétrole du sol, le transporter à travers les océans, le raffiner et l’apporter jusqu’à votre station service.

Maintenant jetons un œil à ce que la Roadster peut faire sur la même distance. Une analyse récente de la compagnie Automotive Testing and Development Services (Ndlr : une entreprise américaine qui teste les véhicules pour les fabricants) conclut que, tous les 160 kilomètres, le Roadster a besoin d’être rechargé avec 31 kilowattheures d’électricité. Seulement environ 70% de ce rechargement va directement créer le mouvement ; le reste se perd dans le processus de chargement. Générer un kilowattheure d’électricité produit une moyenne 700 grammes de dioxyde de carbone. La Tesla émet donc 21,7 kilos de CO2 pour 160 kilomètres.

Ces résultats vont cependant varier selon votre Etat de résidence. Dans les Etats qui utilisent le plus de charbon, comme le Wyoming, le Dakota du Nord ou la Virginie occidentale, les émissions de CO2 par kilowattheure sont plus importantes – tellement plus importantes d’ailleurs que dans ce cas, le Roadster pourrait émettre au final seulement quelques kilos de carbone de moins que la Corolla. D’un autre côté, si vous êtes automobiliste dans le nord-ouest Pacifique, où l’énergie hydroélectrique règne, rouler électrique s’avère un choix encore plus pertinent. Vous pouvez utiliser ce chouette outil qui, grâce votre code postal, vous dira quelle part de votre électricité est issue du charbon ; nous avons appris avec surprise qu’ici, 49% de notre propre approvisionnement énergétique venait d’une centrale nucléaire voisine.

Et il n’y a pas que les émissions de dioxyde de carbone, il y a d’autres avantages à rouler électrique. Les voitures électriques comme le Roadster n’ont même pas de tuyau d’échappement – fini donc ce constant nuage de fumée acerbe qui flotte dans l’air. Et par conséquent, par rapport à leurs équivalents qui marchent au carburant, elles dégagent moins de méthane, d’oxyde nitrique et autres gaz à effet de serre. Une exception : le dioxyde de soufre, produit par la combustion du charbon et qui peut entraîner des pluies acides.

Le principal défaut des voitures électriques pour le moment, c’est l’énergie que nécessite la fabrication de leurs énormes batteries. Des sceptiques montrent que si l’on inclut la production de la batterie dans l’empreinte environnementale d’un véhicule électrique, celui-ci ne sera finalement pas beaucoup plus vert qu’une Corolla actuelle. Mais certaines de ses études, comme celle-ci, sont toutefois selon moi trop théoriques puisqu’elles supposent que tout le «carburant» d’une voiture électrique vient du charbon. Or, même au cœur de la Virginie occidentale, seulement 73% de l’électricité est produite à partir du charbon. A noter également : une étude récente du Département de l’Energie fait remarquer qu’il y a d’importants surplus d’électricité inutilisés la nuit, au moment justement où les gens rechargeraient probablement leurs batteries.

Une source potentielle d’inquiétude: comment se débarrasser ou recycler en toute sécurité les batteries
des voitures électriques? Tesla déclare que son but est «d’inclure le coût du recyclage dans le prix d’achat de chaque voiture» - un prix qui se situe pour le moment autour de 93.000 dollars pour le modèle Roadster de base, prévu pour l’an prochain. Mais on ne sait pas exactement de combien d’énergie on aura besoin pour recycler la très coûteuse batterie au lithium.

Disons que les sceptiques ont en partie raison, et que les voitures électriques ne présentent qu’un avantage environnemental marginal. Des améliorations technologiques des centrales électriques, combinées avec davantage de sources d’énergies alternatives, voilà qui rendrait chaque voiture électrique encore plus verte. Comme les fans de ces voitures l’expliquent, il est beaucoup plus facile de contrôler les émissions de quelques centrales que de millions de tuyaux d’échappement.

La vraie question, au final, n’est pas de savoir si les voitures électriques sont meilleures pour l’environnement que les voitures à carburant d’aujourd’hui, mais de les comparer avec un autre rival technologique : les hybrides branchées. Nous promettons de nous attaquer bientôt à cette question!


Posté lundi 17 décembre