Le conflit turco-kurde gêne Washington

F. Vincent - ©2007 20 minutes

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La Turquie passe à l'offensive terrestre en Irak. L'armée est intervenue au Kurdistan irakien la nuit dernière contre les rebelles kurdes du PKK, estimés à 3 500 dans cette zone à cheval entre les deux pays. C'est la première attaque du genre depuis que le Parlement turc a donné son feu vert aux incursions en octobre, en réponse à la multiplication des attaques du PKK contre l'armée turque.

Elle a coïncidé avec la visite surprise hier de Condoleezza Rice en Irak, venue soutenir les efforts de réconciliation dans un pays déchiré par les violences confessionnelles. La secrétaire d'Etat américaine a refusé de commenter directement l'incursion, déclarant juste que le PKK « menace la stabilité du nord de l'Irak ». Une réaction prudente qui illustre la position délicate dans laquelle se retrouvent les Etats-Unis face à la tension croissante à la frontière turco-irakienne. Tiraillés entre leur allié turc et leur position d'occupants en Irak, ils ont ainsi accepté début novembre de partager leurs renseignements avec Ankara pour combattre le PKK. Ils auraient aussi donné leur accord tacite pour des bombardements aériens ce week-end sur des positions des rebelles, en lutte armée depuis 1984 pour l'autonomie du Sud-Est turc, majoritairement kurde. Mais pour autant, Washington reste clairement opposé à des opérations militaires d'envergure de la Turquie au Kurdistan irakien. De telles opérations risqueraient en effet de déstabiliser la région, jusqu'ici largement épargnée par les violences. Un fardeau supplémentaire dont les Etats-Unis se passeraient bien.