Irak : « Daesh va perdre Mossoul… Le tout est de savoir comment»

CONFLIT L’armée irakienne lance ce dimanche l’offensive pour reprendre Mossoul ouest à Daesh. « Le combat sera encore plus rude qu’à l’est », anticipe Karim Pakzad, de l’Institut de relations internationales et stratégiques…

Fabrice Pouliquen

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Un soldat de l'armée irakienne, assis sur le toit de son Humvee, le 10 janvier 2017 dans l'est de Mossoul.
Un soldat de l'armée irakienne, assis sur le toit de son Humvee, le 10 janvier 2017 dans l'est de Mossoul. — Dimitar DILKOFF / AFP

« Ninive, nous venons libérer la partie ouest de Mossoul. » Lors d’une brève déclaration télévisée ce dimanche matin, Haïder al-Abadi, Premier ministre Irakien, s’est voulu conquérant en annonçant aux habitants de Ninive, la province irakienne dont Mossoul est la capitale, leur libération prochaine du joug de l ’Etat islamique.

« L’offensive sera longue et rude »

Les forces armées irakiennes ont déjà libéré depuis fin janvier la partie orientale de Mossoul, deuxième ville du pays, conclusion d’une offensive démarrée le 17 octobre dernier. Il reste désormais la partie ouest à libérer. L’annonce ce dimanche de la reprise de cinq villages au sud de Mossoul, tout près de l’aéroport, pourrait laisser croire que Daesh est à bout de souffle et que le combat sera bref.

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Karim Pakzad, chercheur à l’ Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) invite à ne pas se fier aux apparences. Ce spécialiste de l’Irak ne doute pas de l’issue de l’offensive : « Daesh va perdre Mossoul, toute la question est de savoir comment. » Sur ce point, Karim Pakzad rejoint Gérard Chaliand, spécialiste des conflits armés et du terrorisme interrogé ce dimanche par FranceInfo : « L’offensive sera longue et rude. »

Déjà une affaire de géographie

Le chercheur de l’Iris renvoie déjà aux trois longs mois qu’il a fallu à l’armée irakienne pour libérer la partie orientale de Mossoul. « Les pertes ont été lourdes pour les forces armées irakiennes », rappelle Karim Pakzad. La Mission des Nations unies en Irak évoquait 1 959 membres tués rien que pour novembre 2016.

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Libérer Mossoul ouest sera une tout autre histoire encore. C’est déjà une question de géographie. « La partie orientale de Mossoul est constituée des quartiers les plus modernes, décrit Karim Pakzad. Les maisons y sont espacées, les rues droites et larges. Le terrain était plus facile pour l’armée irakienne. L’ouest, tout au contraire, c’est la vieille ville, le cœur historique de Mossoul. Avec un labyrinthe de ruelles tortueuses et des maisons qui se touchent et qui communiquent. » Un terrain propice à la guérilla.

750 000 civils, la première « arme » de Daesh ?

Ce ne sera sans doute pas le seul « atout » sur lequel voudra s’appuyer Daesh. L’ONU estime à 750 000 le nombre d’habitants coincés en ce moment dans la partie ouest de Mossoul, « dont 350 000 enfants », évalue de son côté l’ONG « Save the children ». « L’organisation Etat islamique a très bien compris qu’il s’agissait de sa meilleure arme », reprend Karim Pakzad.

Mais s’ajoute à cela des considérations géopolitiques. La majorité des habitants de Mossoul ouest sont sunnites quand l’Irak est gouverné par les chiites, deux courants religieux qui se déchirent depuis longtemps dans le pays. Ces tensions ont été ravivées encore en 2016, en marge de la libération de la ville de Falloujah. Des milices chiites, des forces paramilitaires, qui étaient normalement placées sous le contrôle du gouvernement irakien, sont accusées d’avoir commis des exactions envers la population civile, à majorité sunnite.

« Déloger Daesh et le faire proprement »

« C’est ce qui rend alors si particulière la guerre qui se joue en ce moment à Mossoul, juge Karim Pakzad. L’avenir du pays, sa cohésion politique nationale, dépend en grande partie de la façon dont l’armée parviendra à libérer la ville. Non seulement, donc, l’armée doit déloger Daesh, mais elle le doit le faire proprement, en évitant le plus possible les pertes civiles. »

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La mission s’annonce quasi impossible, surtout si on se réfère à la résistance farouche, jusqu’au-boutiste, qu’avait opposé l’organisation Etat islamique à l’est de la ville. « Ils avaient creusé des tranchées qu’ils remplissaient de pétrole avant de les incendier, et ils avaient utilisé des francs-tireurs et des attaques suicides… », raconte Karim Pakzad.

Le chercheur de l’Iris n’exclut pas non plus que des habitants de Mossoul ouest prêtent main-forte à Daesh dans le combat qui s’annonce. « En juin 2014, lorsque l’organisation Etat islamique avait pris Mossoul, certains habitants les avaient accueillis en libérateurs », rappelle-t-il.