Etats-Unis: La Maison Blanche dément qu'elle envisage de militariser la traque des sans-papiers

ETATS-UNIS Le document publié par AP, qui évoque la mobilisation de 100.000 gardes nationaux, est «un brouillon» qui «n'a pas été sérieusement considéré»...

Philippe Berry

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Un garde-frontière américaine, en Californie.
Un garde-frontière américaine, en Californie. — G.Bull/AP/SIPA

Cela commence à devenir systématique. Un document gouvernemental fuite dans la presse américaine et déclenche une polémique. La Maison Blanche refuse de commenter avant la publication puis dément après coup et accuse les médias de publier de fausses informations. Dernier épisode en date : un projet de militarisation de la traque des immigrés en situation irrégulière, révélé par AP. Le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer a aussitôt démenti, jurant que c’était « 100 % faux ». Selon l’agence de presse, le document a toutefois été signé par le secrétaire à la Sécurité intérieure en personne, John Kelly.

Selon AP, le document de 11 pages proposait de mobiliser jusqu’à 100.000 gardes nationaux – des militaires – pour aider la brigade anti-immigration ICE à traquer et à expulser les personnes en situation irrégulière. Onze Etats sont cités : les quatre qui partagent une frontière avec le Mexique (Californie, Arizona, Nouveau Mexique et Texas) et les sept voisins (Oregon, Nevada, Utah, Colorado, Oklahoma, Arkansas et Louisiane).

« Un brouillon pas sérieusement considéré »

Un porte-parole du département à la Sécurité intérieure (Homeland Security) a indiqué à NBC que le mémo était un « brouillon très préliminaire qui n’a jamais été sérieusement considéré par le département ». Dans la pratique, les gardes nationaux ont parfois été mobilisés pour des missions ponctuelles mais pas à un tel niveau. Deux gouverneurs républicains ont indiqué au Huffington Post qu’ils avaient de « sérieuses réserves » sur un projet qui leur ferait perdre leur souveraineté sur l’immigration.

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Reste que pendant la campagne, Donald Trump avait évoqué la création d’une « deportation force » pour expulser jusqu’à 11 millions de personnes en situation irrégulière. Il a depuis modéré ses propos et veut désormais se concentrer sur « les criminels », avec un chiffre qu’il estime à « au moins deux millions ». Jeudi, il a défendu sa politique « dure », expliquant qu’il tenait simplement ses promesses de campagne.

Les associations dénoncent des « raids » et des « rafles »

Le service de l’immigration et des douanes, ICE, indique avoir arrêté 683 personnes en situation irrégulière la semaine dernière, dont 176 qui n’avaient pas de casier judiciaire – on ne sait pas si ces dernières ont été libérées. Dans l’absolu, c’est nettement moins que sous la présidence d’Obama, avec plus de 3 millions de reconduites à la frontière en huit ans, soit 7.000 par semaine en moyenne, mais la politique de Donald Trump commence tout juste à être implémentée.

De nombreuses manifestations ont eu lieu ces derniers jours, notamment à Los Angeles, en Californie, et à Austin, au Texas. Des associations affirment que la force ICE a procédé à « des raids » et des « rafles » dans des lieux publics, avec des personnes contrôlées au faciès en groupe. Les services de l’immigration ont démenti, jurant qu’il ne s’agissait que « d’opérations de routine ciblées ». Après avoir participé à une réunion parlementaire sur le sujet, ce vendredi, le représentant démocrate Joaquin Castro a eu cette réaction sur Twitter : « Difficile de ne pas conclure que le président Trump a commencé son programme d’expulsions de masse ».