VIDEO. En Roumanie, les manifestations les plus importantes depuis la chute du communisme

ROUMANIE Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre un assouplissement de la législation anti-corruption...

20 Minutes avec AFP

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Des dizaines de milliers de personnes manifestent à Bucarest contre un assouplissement de la législation anti-corruption en Roumanie, le 1er février 2017.
Des dizaines de milliers de personnes manifestent à Bucarest contre un assouplissement de la législation anti-corruption en Roumanie, le 1er février 2017. — Vadim Ghirda/AP/SIPA

On n’avait jamais vu ça depuis 1989 et la chute du communisme, estiment les médias locaux. La Roumanie a connu mercredi soir des manifestations antigouvernementales mobilisant des dizaines de milliers de personnes contre un assouplissement de la législation anti-corruption, également critiquée à l’étranger.

« Il était temps que les gens se réveillent et cessent d’accepter autant d’abus », se félicitait Daniela Crangus, une informaticienne de 31 ans, qui participait à la manifestation de Bucarest.

Aux cris notamment de « voleurs », « honte à vous », « démission », les manifestants étaient au moins 200.000 à travers le pays, dont la moitié à Bucarest, rassemblés durant près de cinq heures dans un froid glacial, face au siège du gouvernement. Le nombre de manifestants a été évalué jusqu’à 300.000 dans toute la Roumanie. Les grandes villes de Cluj, Sibiu ou Timisoara se sont également mobilisées, tout comme des localités de taille plus modeste.

L’abus de pouvoir passible de prison seulement à partir de 44.000 euros

L’adoption surprise, mardi soir, d’un décret d’urgence qui pourrait mettre les hommes politiques à l’abri de certaines poursuites avait déjà fait descendre en pleine nuit des milliers de Roumains dans la rue, à peine un mois après l’entrée en fonction du gouvernement de Sorin Grindeanu.

Le texte dépénalise plusieurs infractions et rend l’abus de pouvoir, un chef d’inculpation fréquent, passible de peines de prison uniquement s’il provoque un préjudice supérieur à 44.000 euros.

Le PSD affronte une nouvelle crise politique après avoir dû quitter le pouvoir fin 2015 sous la pression de la rue à la suite d’un dramatique incendie dans une boîte de nuit de Bucarest. L’exécutif dit vouloir désengorger les prisons et mettre en conformité le code pénal dont une soixantaine d’articles ont été invalidés par la Cour constitutionnelle.

Un retour en arrière dans la lutte contre la corruption

Démarche inédite, les ambassades des Etats-Unis, du Canada, d’Allemagne, de France, des Pays-Bas et de Belgique ont exprimé, dans une déclaration commune, leur « profonde inquiétude » devant ce décret qui « sape » les progrès réalisés par le pays dans la lutte contre la corruption.

La Commission européenne a exprimé sa « grande préoccupation ». Le Premier ministre lui a répondu mercredi en assurant, dans un courrier, que « la lutte contre la corruption est l’une des priorités du gouvernement », réaffirmant son « engagement » en la matière. Il a appelé à une appréciation « équilibrée » de son action, au-delà « des réactions de l’opinion publique et dans les médias ».

« Jour de deuil pour l’Etat de droit »

Dans ce pays pauvre de l’UE qui compte 20 millions d’habitants, le parquet anticorruption a obtenu ces dernières années la condamnation de nombreux élus et hommes d’affaires, lançant des investigations tous azimuts. Les rangs du PSD, au centre de la vie politique depuis la fin du communisme, ont été particulièrement touchés par ces enquêtes.

Aux législatives de décembre, ce parti, qui compte une solide base électorale dans les campagnes, a cependant signé un retour en force au parlement et démarré une cohabitation tendue avec le président de centre droit Klaus Iohannis. Ce dernier a qualifié le décret de « jour de deuil pour l’Etat de droit ».