Cinq destins bouleversés par le décret anti-immigration de Donald Trump

ETATS-UNIS Des familles sont déchirées et des réfugiés ayant besoin de traitement médical refoulés...

Philippe Berry

— 

Nimo Hashi, une réfugiée somalienne, devait être rejointe à Salt Lake City par son mari.
Nimo Hashi, une réfugiée somalienne, devait être rejointe à Salt Lake City par son mari. — Rick Bowmer/AP/SIPA

Les conséquences du décret anti-immigration signé par Donald Trump peuvent s’examiner à plusieurs niveaux. Il y a les chiffres, bruts : plus de 100 personnes bloquées à la frontière le premier soir, et des dizaines de milliers de ressortissants et de réfugiés qui seront affectés au cours des prochains mois. Il y a les manifestations et l’indignation presque mondiale, qui voit dans le texte un « muslim ban » qui discrimine contre l’islam. Mais il y a surtout des histoires individuelles, humaines et tragiques. En voici cinq.

Un père ne pourra pas rencontrer sa fille

Cela fait plus de deux ans que Nimo Hashi attend d’être réunie avec son mari. Accueillie à Salt Lake City en 2015, cette réfugiée somalienne devait enfin être rejointe par son époux, qui n’a encore jamais vu leur fille de 2 ans, Taslim. Mais la Somalie est sur la liste des sept pays concernés par le décret, avec une immigration bloquée pour trois mois. Et à moins que Donald Trump soit désavoué par les tribunaux ou le Congrès, il a le pouvoir pour renouveler son texte autant de fois qu’il l’estime nécessaire.

Un enfant de 5 ans menotté

Selon CNN, l’enfant – qui est un citoyen américain – a été séparé de sa mère, menotté et détenu pendant cinq heures à l’aéroport Dulles de Washington. La réponse du porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer ? « Supposer qu’une personne ne représente pas une menace juste à cause de son âge ou de son sexe serait une erreur. » L’enfant a finalement été admis et a été réuni avec sa famille.

L’opération d’une fillette syrienne annulée

Sham Aldaher est née avec un seul œil et le visage déformé. Elle devait venir aux Etats-Unis avec sa famille pour subir une opération chirurgicale complexe, mercredi prochain, raconte le New York Times. Mais parce que le décret de Trump bloque l’accueil des réfugiés syriens indéfiniment, la procédure a été annulée, et sa famille espère désormais que des hôpitaux européens pourront l’accueillir. Comme elle, un nombre difficile à mesurer de réfugiés « médicaux » se retrouvent naufragés, et certains pourraient mourir, faute de traitement, comme un petit garçon soudanais d’un an victime d’un cancer. Le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU estime que 20.000 personnes en conditions précaires seront affectées par le décret de Trump.

Un médecin de Chicago bloqué aux Emirats arabes unis

Amer al Homssi termine son internat de médecine à Chicago. Alors qu’il voyageait aux Emirats arabes unis, où il s’est marié, il n’a pas pu monter à bord de son vol retour. Dans son recours judiciaire, il affirme qu’il a été bloqué par des agents américains des services de l’immigration après que ces derniers ont trouvé une app de prière sur son téléphone. Il explique à The Independent que si son visa américain n’est pas renouvelé, il pourrait être expulsé vers la Syrie, son pays d’origine, où il n’a jamais vécu. Son passeport emirati est en effet lié à sa position d’étudiant aux Etats-Unis.

Une survivante de Daesh séparée de son mari

Dallal (prénom modifié) a échappé de justesse à Daesh quand les forces djihadistes sont arrivées dans sa ville de Sinjar, en Irak. Son mari, qui travaillait comme traducteur pour l’armée américaine, a obtenu l’asile politique aux Etats-Unis en 2016. Elle devait le rejoindre le week-end dernier. Elle était tout près de son « rêve ». Elle témoigne sur CNN : « J’allais monter à bord de l’avion quand ils ont appelé mon nom. Je me suis mise à pleurer. Pourquoi, pourquoi moi ? »