L'armée libanaise visée, tout un symbole

ANALYSE Un général a été tué mercredi matin dans un attentat à la voiture piégée...

De notre correspondant au Liban, David Hury

— 

Un général de l'armée libanaise, proche du candidat favori à la présidence et responsable des opérations contre des rebelles islamistes l'été dernier, a été tué mercredi dans un attentat qui a fait quatre morts dans une banlieue chrétienne de Beyrouth.
Un général de l'armée libanaise, proche du candidat favori à la présidence et responsable des opérations contre des rebelles islamistes l'été dernier, a été tué mercredi dans un attentat qui a fait quatre morts dans une banlieue chrétienne de Beyrouth. — AFP

«Que va faire l’armée libanaise après ça?», s’interroge Hala, une Beyrouthine, son écharpe bleue autour du cou, alors qu’elle comptait célébrer le deuxième anniversaire de la mort du politicien et journaliste Gebran Tueini, assassiné le 12 décembre 2005. «Nous sommes encore en train de pleurer nos morts et notre pays en ruine, et ça continue», poursuit-elle pleine de détresse. L’assassinat ce mercredi matin du général de brigade François el-Hajj, 54 ans– un proche du général Michel Sleimane, commandant en chef de l’armée et présidentiable en puissance – a secoué le Liban, et l’onde de choc promet d’être violente. C’est en effet la première fois depuis le début de la crise libanaise, en septembre 2004, que l’armée est directement visée.

«Le message est très clair, et s’adresse en premier lieu au général Sleimane, explique un député de la majorité parlementaire pro-occidentale. Les commanditaires de l’assassinat du général el-Hajj veulent faire comprendre que la situation sécuritaire au Liban ne changera pas, même si Michel Sleimane est élu président. C’est très grave, et la majorité se doit de tenir ses engagements et soutient plus que jamais la candidature du chef de l’armée.»

Vengeance islamiste ou signal politique

A Beyrouth, l’attentat du jour répond à deux lectures, comme l’explique l’ambassadeur belge Johan Verkammen: «Toutes les analyses sont possibles: il peut soit s’agir d’un acte de vengeance des islamistes après la victoire de l’armée sur le Fatah al-Islam à Nahr el-Bared, ou un signal politique pour dire que même si le général Michel Sleimane est élu président, le chaos au Liban perdurera.»

Le général al-Hajj a en effet dirigé les opérations lors du siège du camp palestinien l’été dernier. Une source sécuritaire a d’ailleurs annoncé dans la matinée qu’un islamiste a été appréhendé dans les minutes ayant suivi l’attentat, et emmené pour interrogatoire au ministère de la Défense, à quelques centaines de mètres de là.

Vingt-sept attentats en trente-neuf mois

La classe politique libanaise a aussitôt récupéré l’attentat. Dans les rangs de la majorité parlementaire, l’origine du 27e attentat en 39 mois se situe à Damas. La rue chrétienne hostile au régime syrien va dans le même sens, comme le regrette Fouad, un commerçant: «Avec ce qu’a dit le ministre des Affaires étrangères syrien Farouk el-Chareh mardi [ndlr : les alliés de la Syrie au Liban n’ont jamais été aussi puissants] et l’attentat de ce mercredi, il ne faut pas chercher bien loin le rapport…» A midi, Damas a répliqué aux accusations en pointant du doigt « Israël et ses alliés au Liban ». L’opposition parlementaire, dans le sillage de Damas, voit là un moyen pour la majorité de lui forcer la main pour élire Sleimane le plus rapidement possible.

Alors, que va faire l’armée libanaise avec cet attentat ciblé ? Dans un premier temps, l’armée – en charge de la sécurité du pays depuis le 24 novembre et le départ du président pro-syrien Emile Lahoud – va procéder à une enquête minutieuse sur la scène du crime, et renforcer «drastiquement son dispositif sur le terrain». En attendant, le général Sleimane (dont le nom figurait parmi les cibles potentielles après le soutien affiché de la majorité à sa candidature) se terre au ministère de la Défense…