L'Algérie touchée par un double attentat

Faustine Vincent - ©2007 20 minutes

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L'islamisme radical n'est-il vraiment plus que « résiduel » en Algérie, comme les autorités l'affirment régulièrement depuis plus de dix ans ? Hier, la capitale, Alger, a de nouveau été la cible d'attentats à la voiture piégée, faisant au moins 62 morts de source hospitalière, 26 morts et 177 blessés de source officielle. Un bilan sans précédent depuis 2000. La première attaque a eu lieu devant la Cour suprême, la plus haute juridiction d'Algérie, et la seconde, quasi simultanée, visait une organisation onusienne, le Haut Commissariat aux réfugiés, qui déplore cinq victimes.

Ces attentats, condamnés par la communauté internationale, n'avaient pas encore été revendiqués hier soir. Les autorités les ont imputés à la Branche armée d'Al-Qaida au Maghreb (Baqmi, la nouvelle appellation du Groupe salafiste pour la prédication et le combat, GSPC). Plusieurs éléments accréditent cette piste : « La date (11 décembre, en référence au 11 septembre 2001), la simultanéité des attaques, l'emploi de kamikazes, et le fait qu'une organisation internationale soit visée », énumère Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes.

Ce double attentat succède à une série d'autres attaques survenues ces derniers mois. Pour Antoine Basbous, c'est la preuve que, contrairement à ce que le pouvoir veut faire croire, « les islamistes en Algérie ne sont ni marginalisés, ni domestiqués, ni éliminés ». Et les attentats risquent de se répéter aussi longtemps que l'Etat ne procédera pas à une véritable démocratisation du pays et échouera à donner un avenir à la jeunesse algérienne, tentée de céder aux sirènes des islamistes. « Le marasme économique et social est tel que le désespoir gagne la jeunesse, explique Mohamed Mehdi, journaliste algérien au Quotidien d'Oran. Résultat, certains tentent de rejoindre l'Europe clandestinement au péril de leur vie, d'autres sont enrôlés par les extrémistes. » Si les revendications des terroristes restent souvent « floues », c'est qu'« ils cherchent avant tout un coup médiatique, avance Fayçal Metaoui, du quotidien El-Watan. Le but, c'est de dire à la communauté internationale : "On est toujours là". »