Décret anti-immigration: «Donald Trump a gâché ma vie»

ETATS-UNIS Des Iraniens et Irakiens ont été empêchés samedi de prendre des vols à destination des Etats-Unis, quelques heures après la décision de Donald Trump...

M.C.
— 
Le président américain Donald Trump à bord d'Air Force One, le 26 janvier 2017.
Le président américain Donald Trump à bord d'Air Force One, le 26 janvier 2017. — Pablo Martinez Monsivais/AP/SIPA

Le nouveau décret restreignant l’immigration « marche très bien », s’est félicité Donald Trump samedi, au lendemain de son entrée en vigueur. Signée vendredi en fin d’après-midi et mise en œuvre dans la foulée par les autorités portuaires, l’interdiction faite aux ressortissants de sept pays musulmans - Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen - d’entrer aux Etats-Unis a pourtant pris par surprise les ressortissants de ces pays en partance pour l’Amérique, causant d’importantes perturbations à New York et des scènes de détresse dans le monde entier.

« Laissez-les entrer ! Laissez-les entrer ! » criaient des manifestants, réunis samedi à l’aéroport JFK de New York sous l’œil de nombreux policiers. Des centaines de personnes venues chercher des passagers avaient bien du mal à les retrouver leurs proches, les autorités ayant bloqué les principales sorties habituellement utilisées par les passagers.


De nombreuses manifestations

Deux représentants démocrates de New York au Congrès, Jerry Nadler et Nydia Velasquez, étaient aussi sur place pour essayer d’obtenir la libération des ressortissants retenus par la police en vertu du nouveau décret, même s’ils ont des visas en règle ou des cartes vertes, le permis de séjour américain.

Sur Twitter également, la riposte s'organise. Ce dimanche matin, le gouvernement général de l'Etat de New York, publie sur son compte: «Laissez moi être clair: l'action du Président est inconstitutionnelle. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour le contrer.»

D'autres manifestations, avec également des centaines de participants demandant là aussi la libération de voyageurs interpellés en vertu du nouveau décret, étaient signalées dans les aéroports de Dulles, près de Washington, de Chicago, Minneapolis, Denver, Los Angeles, San Francisco, et Dallas où quelque 50 personnes ont été interpellées, selon USA Today.

Un million d’Iraniens vivent aux Etats-Unis

Les médias iraniens ont quant à eux rapporté plusieurs cas d’Iraniens qui n’ont pas pu embarquer à destination des Etats-Unis, notamment à Vienne, où au moins trois Iraniens ont également été empêchés de partir, selon un porte-parole d’Austrian Airlines. Des responsables d’agences de voyages à Téhéran ont dit avoir reçu des instructions d’Emirates, Turkish Airlines et Etihad Airways de ne plus vendre de billet à des Iraniens ayant un visa américain car ces dernières refusent de les embarquer à bord.

Une Iranienne, étudiante en gestion en Californie, devait retourner le 4 février aux Etats-Unis. « J’avais un billet sur Turkish (Airlines) le 4 février prochain, mais il a été annulé », a-t-elle déclaré. L’Iran et les Etats-Unis n’ont plus de relations diplomatiques depuis plus de 37 ans, mais environ un million d’Iraniens vivent aux Etats-Unis, selon les estimations officielles iraniennes. De nombreux Iraniens se rendent également chaque année aux Etats-Unis pour voir leur famille.

« J’ai vendu ma maison, ma femme et moi avons quitté nos emplois »

Au Caire, un couple irakien et leurs deux enfants qui avaient réservé des billets sur un vol d’EgyptAir ont été informés qu’ils ne pouvaient pas embarquer en raison des nouvelles règles. Fouad Charef, qui travaille dans le secteur pharmaceutique, a dû ainsi retourner à Erbil, au Kurdistan irakien.


« J’ai vendu ma maison, ma voiture, mes meubles. Ma femme et moi avons quitté nos emplois », a-t-il raconté à l’Agence France Presse, alors que le couple devait s’installer au Tennessee, dans le sud des Etats-Unis, après avoir reçu un visa d’immigration. « Donald Trump a gâché ma vie », dit-il, affirmant qu’il avait mis, à une époque, sa « vie en danger pour travailler avec les Américains ».

A Mossoul, dans le nord de l’Irak, des membres de l’armée irakienne combattant Daesh et soutenue par la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis confiaient ne pas comprendre pourquoi ils seraient empêchés d’aller aux Etats-Unis alors qu’eux-mêmes luttent contre une organisation « terroriste ».