Un ancien officier de la CIA justifie le recours à la torture

ETATS-UNIS Pour sauver des vies...

D'après AFP

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Le Pentagone planche sur des alternatives pour approvisionner les troupes américaines en Irak alors que la Turquie menace de lui retirer un soutien logistique crucial si Washington adopte une résolution reconnaissant comme un génocide les massacres d'Arméniens.
Le Pentagone planche sur des alternatives pour approvisionner les troupes américaines en Irak alors que la Turquie menace de lui retirer un soutien logistique crucial si Washington adopte une résolution reconnaissant comme un génocide les massacres d'Arméniens. — AFP/archives

Un ancien officier de la CIA ayant dirigé l'interrogatoire d'Abou Zoubaydah, un membre influent présumé du réseau d'Oussama ben Laden, a justifié lundi l'usage de techniques qui s'apparentent à de la torture pour interroger les membres présumés d'Al-Qaïda.

Abou Zoubaydah, le premier membre influent d'Al-Qaïda capturé par les Etats-Unis après le 11-Septembre, a été soumis à la méthode du simulacre de noyade («waterboarding»), a révélé John Kiriakou sur ABC News, précisant que l'usage de cette technique d'interrogatoire avait été approuvé par des responsables de l'agence de renseignement.

«A partir de là, il a répondu à toutes les questions»

Interrogé sur le fait de savoir si cette technique s'apparentait à de la torture, John Kiriakou a répondu: «A l'époque, non. Je pense que j'ai changé d'avis et je pense que le simulacre de noyade est quelque chose qu'on ne devrait pas pratiquer».

Cette technique d'interrogatoire a toutefois permis de faire la différence, estime l'ancien officier des services de renseignement américain. «Le lendemain (de son interrogatoire) Zoubaydah a dit qu'Allah était venu le visiter dans la nuit dans sa cellule et lui avait dit de coopérer», a raconté John Kiriakou. «A partir de là, il a répondu à toutes les questions».

«Nous sommes Américains et nous valons mieux que ça»

«La valeur des informations qu'il a transmis a permis d'empêcher nombre d'attaques, peut-être des dizaines», a estimé John Kiriakou. Interrogé sur le recours aux méthodes musclées lors des interrogatoires, John Kiriakou a répondu: «nous sommes Américains et nous valons mieux que ça. Nous ne devrions pas avoir recours à ce genre de chose». «Mais, a-t-il aussitôt ajouté, que ce passerait-il si nous ne soumettions pas une personne à la technique du simulacre de noyade et qu'une attaque survienne?». Dans ce cas, «j'aurais du mal à me pardonner moi-même».

«Comme beaucoup d'Américains, je suis partagé entre l'idée que le simulacre de noyade est de la torture et la qualité des informations souvent obtenues grâce à cette technique».

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont lancé un programme de détention et d'interrogatoire permettant aux services de renseignement de recourir à des «techniques accrues» de questionnement contre des terroristes présumés, mais dont le détail est confidentiel.

Officiellement, pas de torture

Début octobre, le «New York Times» a révélé l'existence de documents du ministère de la Justice, assurant que la loi n'empêchait pas de gifler un détenu, de le soumettre à des températures extrêmes ou à un simulacre de noyade, variante du «supplice de la baignoire» pratiqué pendant la guerre d'Algérie.

Or, selon la Convention de Genève, «aucune torture physique ou morale ni aucune contrainte ne pourra être exercée sur les prisonniers de guerre pour obtenir d'eux des renseignements de quelque sorte que ce soit».

La CIA se défend officiellement de recourir à la torture pour interroger les prisonniers.

Filmé ou pas?

Interrogé par ailleurs pour savoir si l'interrogatoire de Abou Zoubaydah avait été enregistré et faisait partie des vidéos ultérieurement détruites par la CIA, John Kirakiou a affirmé qu'il ne savait pas si cet interrogatoire avait été filmé et, s'il l'avait été, ce qu'était devenu l'enregistrement.

Le directeur de l'Agence de renseignement américaine (CIA), Michael Hayden, a reconnu jeudi que ses services avaient détruit en 2005 des enregistrements d'interrogatoires sensibles effectués en 2002. L'intention était de protéger les agents qui y ont participé contre d'éventuelles représailles d'Al-Qaïda, a justifié le général Hayden, qui n'était pas encore à son poste à l'époque.