Pourquoi Trump insiste avec son fantasme de fraude électorale

ETATS-UNIS Le président américain en rajoute une couche mais se base sur des études discréditées...

Philippe Berry

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Donald Trump vote à New York lors de l'élection présidentielle américaine, le 8 novembre 2016.
Donald Trump vote à New York lors de l'élection présidentielle américaine, le 8 novembre 2016. — CHINE NOUVELLE/SIPA

Donald Trump a remporté la présidentielle américaine. Mais visiblement, il ne digère toujours pas d’avoir obtenu près de 3 millions de voix de moins qu’Hillary Clinton au niveau national. En privé, lundi, il est revenu à la charge, expliquant à des élus qu’il aurait remporté le vote populaire si « des millions » d’électeurs n’avaient pas voté illégalement. Et mardi, le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a récidivé devant la presse, donnant un chiffre compris « entre trois et cinq millions » de bulletins qui seraient, selon Trump, frauduleux. Bienvenue à l’époque des « faits alternatifs ».

« Selon ses propos, de trois à cinq millions de personnes pourraient avoir voté illégalement, un chiffre basé sur les études que nous avons vues », a déclaré Spicer. Le porte-parole de la Maison Blanche a pris ses précautions, suggérant qu’il s’agissait de l’opinion de Donald Trump et pas forcément de la sienne. « Le président croit ce qu’il croit en raison des études et des informations dont il dispose », a-t-il ajouté.

Pas de fraude constatée malgré les problèmes de cartes électorales

Ces « informations » sont principalement basées sur deux études. En 2014, des chercheurs de Old Dominion University avaient affirmé que 14 % des non-citoyens américains étaient inscrits sur les listes électorales en 2008 et 2010, ce qui représenterait potentiellement 3,2 millions de personnes. Sauf que l’échantillon de 339 personnes n’était pas représentatif de la population, et il n’y a aucune preuve que des non-citoyens aient voté.

La seconde, du Pew Center, avait trouvé en 2012 qu’il y avait 1,8 million d’Américains décédés encore inscrits sur les listes et plusieurs millions de doublons et de cartes périmées (sans carte nationale d’identité, le système américain, différent dans chaque Etat, est un véritable casse-tête). Mais son auteur, David Becker, l’a répété mardi : « Nous n’avons trouvé aucune preuve de fraude ».

Une stratégie pour empêcher des gens de voter ?

Cette année encore, toutes les études sur l’élection ont constaté un taux de fraude approchant le zéro absolu. Même l’avocat de Donald Trump l’a affirmé lors du recours de la candidate des Verts, Jill Stein : « Toutes les preuves suggèrent que l’élection n’a pas été entachée de fraude ou d’erreur ». Obama l’a d’ailleurs répété avant de passer le témoin : « Au Etats-Unis, nous n’avons pas un problème avec des gens qui votent illégalement. Nous avons un problème de participation », avec un taux qui peine à atteindre les 60 %.

Donald Trump, lui, s’est fait tacler par le républicain Lindsey Graham. « Il faut qu’il arrête d’affirmer qu’une fraude lui a coûté le vote populaire. Cela remet en cause la légitimité de nos institutions ». Bernie Sanders, lui, dénonce le « fantasme de Trump ». Selon le sénateur du Vermont, le président cherche à influencer les gouverneurs pour qu’ils durcissent les lois sur la « suppression du vote », qui cherchent à empêcher certaines personnes de voter en compliquant la procédure d’identification. Cela pénalise en général surtout les minorités et les jeunes, ce qui ferait l’affaire de Trump en 2020…