«Marche des femmes» anti-Trump: «Je suis tellement en colère», témoigne une participante à Washington

ETATS-UNIS De tous les âges, de toutes les générations. Elles sont arrivées de partout des Etats-Unis déferlant telle une gigantesque vague humaine sur Washington pour dire non à Donald Trump…

Marie Le Blé

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Manifestation anti-Trump à Washington le 21 janvier 2017. Lancer le diaporama
Manifestation anti-Trump à Washington le 21 janvier 2017. — Theo Wargo / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

De notre envoyée spéciale à Washington,

Il faut remonter à la première investiture de Barack Obama en 2008 pour retrouver pareille mobilisation. Mais pas pour les mêmes raisons. Elles sont arrivées, samedi, de partout aux Etats-Unis par bus, train, avion, voiture. Telle une déferlante, plusieurs centaines de milliers de femmes sont venues dire leur colère à Donald Trump, et ce, au lendemain même de l’arrivée de leur nouveau président à la Maison Blanche. Selon les organisateurs, au moins 500.000 personnes ont pris part à la manifestation. Un cadeau de bienvenue en quelque sorte en réponse aux propos et au programme, aujourd'hui, que cette partie du pays rejette en bloc de la part de celui qu’une autre Amérique a élu.

« Tout ce que je ne veux pas que mes enfants fassent »

La cérémonie d’investiture de la veille n’aura pas arrangé les choses si l’on en croit certaines. «Donald Trump s’est adressé à une petite portion de la population, l’élite blanche ultra-privilégiée », s’indigne Tammy, cinquante-six ans. Cette maman de trois enfants arrivée par bus de Pennsylvanie ne décolère pas : « Tout ce qu’il a déclaré jusqu’à maintenant, c’est tout ce que je ne veux pas que mes enfants fassent. Je leur enseigne tout le contraire. »

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« Nous sommes en train de faire machine arrière »

Énormément de mères de famille ont fait le déplacement, souvent même plusieurs générations réunies. « Je suis venue marcher avec ma mère qui s’est beaucoup battue dans les années soixante pour la défense de nos droits, avance Bath, collée à sa maman souriante et déterminée. Nous sommes en train de faire machine arrière. Notre pays est un pays d’immigrants. Il s’est bâti de la sorte. Nous devons préserver cet acquis. » La marée humaine s’étire sur dix blocs depuis le Capitole où une scène géante fait défiler les représentants des diverses organisations présentes, entre des morceaux de musique, le tout projeté sur grand écran.

La foule est telle qu’à certains endroits de la Marche, on peut à peine respirer. « On se sent très forte des jours pareils », s’enflamme Nicole, assistante sociale auprès de jeunes filles en difficulté. Cette féministe de vingt-huit ans arrivée de Hartford, capitale du Connecticut l’avoue en plaisantant : « Je n’ai pas regardé l’investiture. Cela ne m’intéressait pas. Je suis ici aujourd’hui pour mes filles. »

Au beau milieu des pancartes multicolores et des bonnets roses, signe de ralliement, Suzanne, soixante-deux ans et sa femme Mary-Lou, soixante-neuf. Le couple s’est uni à Saint-Paul dans le Minnesota il y a sept ans. « Nous, les femmes, représentons 51 % de la population. Nous sommes majoritaires aux État-Unis, rapporte posément Suzanne, volontaire auprès d’enfants sexuellement abusés. Nous avons des droits comme tout le monde et devons à tout prix les conserver. »

Les clameurs féminines résonnent sur des kilomètres à chaque intervention. Mais lorsque la jeune star, Scarlett Johansson monte sur scène, cheveux courts, emmitouflée dans un manteau gris, pour prendre la parole, c’est l’explosion de joie.

« On a rempli trois bus pour faire venir 150 personnes de New York »

Pour l’écouter, Cally, trente et un ans, plutôt fière de sa performance. « Avec mes amies, on a rempli trois bus pour faire venir 150 personnes de New York, rapporte la voix cassée cette pétillante productrice de télévision. Je suis tellement en colère aujourd’hui. Je suis tellement inquiète en même temps. Notre pays est un bébé. On a accepté cette nouvelle élection après huit ans juste incroyables. On rentre comme dans un nouveau régime. Le rêve américain est aujourd’hui un risque. On rentre dans une période de peur. »

« La Marche des Femmes » est ensuite allée donner de la voix sous les fenêtres de la Maison Blanche où Donald Trump vient de passer sa première nuit.

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