Investiture de Donald Trump: Un président très impopulaire, dont certaines réformes sont plébiscitées

ETATS-UNIS Lorsqu’il franchira le perron de la Maison Blanche ce vendredi, Donald Trump deviendra le président des Etats-Unis le plus impopulaire au moment de son investiture…

Laure Cometti

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Le président élu des Etats-Unis Donald Trump, le 9 décembre 2017, à Grand Rapids, Michigan.
Le président élu des Etats-Unis Donald Trump, le 9 décembre 2017, à Grand Rapids, Michigan. — Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

A midi pile, heure de la côte Est des Etats-Unis, Donald Trump prononcera ce vendredi le serment d’allégeance et deviendra officiellement le 45e président du pays. Cette cérémonie d’investiture est un moment solennel qui rythme la vie politique des Etats-Unis. Lorsqu’il franchira le perron de la Maison Blanche, l’ex-magnat de l’immobilier deviendra le résident le plus impopulaire au moment de sa prise de pouvoir. Pourtant une majorité d’Américains approuve ses propositions en matière d’économie ou d’immigration.

Pas de « lune de miel » avec le peuple américain

A l’approche de cette cérémonie symbolique, la cote de popularité de l’homme d’affaires, qui n’avait jamais dépassé 40 % pendant la campagne, s’est tassée, faisant de Donald Trump le président le plus impopulaire au moment de son investiture.

Avec 44 % d’opinions favorables, Donald Trump est deux fois moins populaire que Barack Obama en janvier 2009, et moins populaire que Jimmy Carter, Ronald Reagan, George H. W. Bush, Bill Clinton et George W. Bush à leurs prises de fonctions.

Première curiosité : la « lune de miel » que connaissent traditionnellement les présidents élus avec le peuple américain a été historiquement courte. « Elle n’aura duré qu’un mois, c’est l’une des lunes de miel les plus courtes depuis l’existence des sondages, c’est-à-dire après la Seconde Guerre mondiale », précise Vincent Boucher, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal.

Un président en rupture avec les traditions

Une dynamique qu’il faut en partie attribuer à sa gestion de la transition. « Ça a été une transition extraordinaire, atypique et anormale. Traditionnellement, le président élu adopte un profil relativement bas, or Trump a multiplié les déclarations fracassantes, notamment sur Twitter. Il n’a pas donné l’impression d’être un président qui s’occupe de faire fonctionner son administration pour qu’elle soit prête le 20 janvier, il a continué d’user d’injonctions et de menaces plutôt que de négociations, cela ne pouvait pas faire remonter sa cote de popularité », estime Vincent Michelot, professeur d’histoire politique des Etats-Unis, qui rappelle que le président élu n’a pas remporté la majorité du vote populaire, d’où ces sondages d’opinion majoritairement défavorable.

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« La manière dont il a géré cette transition, quelque peu chaotique, inquiète les Américains, abonde Vincent Boucher. Seuls 40 % l’ont trouvée satisfaisante. Il n’a pas respecté des traditions auxquelles ils sont très attachés. En outre, certains choix, comme la nomination de Rex Tillerson, suscitent l’inquiétude ». La future administration n’a pas contribué à redorer le blason du président. « Ses futurs ministres ont montré des désaccords réels avec Trump sur certains dossiers, cela donne l’impression d’un homme très isolé », poursuit Vincent Michelot.

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Un président perçu comme « créateur d’emplois »

Tous ces sondages moroses ne doivent pas en éclipser d’autres, plutôt favorables au chef d’Etat. Pour 61 % des Américains, selon un sondage CNN paru mardi, il est probable que le 45e président réussira à créer des emplois dans les régions sinistrées du pays. Dans une autre enquête ABC/Washington Post, la même proportion s’attend à ce qu’il fasse un excellent ou bon travail dans le domaine économique.

« Il convainc une majorité d’Américains sur le plan économique, ainsi que sur la renégociation du traité de l’Alena et l’expulsion de 2 millions de clandestins. Mais pas en ce qui concerne l’environnement ou la construction du mur à la frontière mexicaine », détaille Vincent Boucher. « Il est perçu comme quelqu’un capable de bien gérer l’économie, ça a été la clé de sa victoire ».

Rien d’étonnant ni de paradoxal dans cette perception pour Vincent Michelot. « S’il y a une chose à laquelle on peut s’attendre pour cette administration, c’est la baisse d’impôts pour les entreprises et les foyers aisés ». Pour accroître sa popularité, Donald Trump devra transformer l’essai, confirmer cette perception favorable sur le plan économique. « Il risque d’être en difficulté car il a promis de créer des emplois dans l’industrie, la manufacture, or certains de ces emplois n’existent plus ».

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Pas de popularité ? Pas de problème…

Cette impopularité peut-elle être un handicap ? « Cela ne l’empêchera pas de gouverner, le principal défi est le soutien du Congrès, à majorité républicaine. Cela peut toutefois peser sur les élections de mi-mandat, en novembre 2018 », répond Vincent Boucher.

« Cela limite sa capacité à se tourner vers le peuple pour faire pression sur le Congrès, où les élus républicains n’ont pas le sentiment d’avoir une dette envers Trump », ajoute Vincent Michelot. Inversement, cette impopularité peut-elle contribuer à l’émergence d’un mouvement anti-Trump capable de faire pression sur le pouvoir législatif ? « Barack Obama avait essayé de transformer sa base militante en relais de son action auprès du Congrès, sans véritables résultats », observe le chercheur.

Quant au principal intéressé, il a évacué la question en tweetant que les sondages d’opinion étaient « truqués ».