Visite de Kadhafi à Paris: les critiques fusent

DIPLOMATIE La droite justifie, la gauche accuse...

Clémence Lemaistre avec AFP

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La France accueille lundi Mouammar Khadafi pour une visite de cinq jours dont le président Nicolas Sarkozy espère une moisson de contrats, mais qui déchaîne les critiques de ceux accusant Paris de sacrifier les principes pour légitimer et armer le "guide" libyen.
La France accueille lundi Mouammar Khadafi pour une visite de cinq jours dont le président Nicolas Sarkozy espère une moisson de contrats, mais qui déchaîne les critiques de ceux accusant Paris de sacrifier les principes pour légitimer et armer le "guide" libyen. — Antonio Cotrim AFP/pool

Rarement visite officielle aura suscité une telle polémique. La venue, lundi, du colonel Kadhafi, en France, à l’invitation de Nicolas Sarkozy n’en finit de provoquer des remous.

Après les critiques samedi du député socialiste Pierre Moscovici, c’est Ségolène Royal qui est montée au créneau dimanche. Sur Canal +, l’ex-candidate à la présidentielle a dénoncé la visite officielle en France du colonel Kadhafi, ainsi que les félicitations adressées par Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine après les élections en Russie, demandant s'il faut «se mettre à genoux devant les intérêts financiers».

A la veille de l'arrivée à Paris du président libyen, elle a jugé «tout simplement odieux, très choquant, même inadmissible que la France aille cautionner un système de tortures en prison», en référence aux soignants bulgares qui étaient détenus en Libye, jusqu'à leur libération en juillet.

Même son de cloche de la part du chef de file des députés PS Jean-Marc Ayrault, un proche de Royal. Dans un communiqué, il a demandé dimanche l'annulation de la visite «inacceptable» du colonel Khadafi à l'Assemblée nationale, et a annoncé que son groupe refusait de l'accueillir.

En réponse l’UMP Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale a fait savoir que le dirigeant libyen serait reçu à l’Hôtel de Lassay (résidence du président de l’Assemblée) «comme il est d’usage» pour une visite officielle.

De son côté, une association anti-nucléaire basée à Bordeaux, Tchernoblaye, a annoncé dimanche dans un communiqué envoyé à 20minutes.fr avoir porté plainte pour «torture» contre le numéro un libyen. Elle exige son arrestation lors de sa venue à Paris. Elle invoque «le principe de compétence universelle», transposé par la France dans son droit interne en tant que pays signataire de la Convention internationale de 1984 contre la torture.

Pour sa part, l'ancien Premier ministre UMP Jean-Pierre Raffarin a estimé dimanche sur Radio J qu'il fallait recevoir le colonel Kadhafi en France, ajoutant que «recevoir, ce n'est pas se soumettre». «Nous sommes évidemment en désaccord avec de nombreuses expressions et convictions du colonel Kadhafi», a précisé le sénateur de la Vienne, interrogé sur une déclaration du guide jugeant «normal que les faibles aient recours au terrorisme». Mais, a-t-il ajouté, «les infirmières bulgares, cela vaut bien une visite».

Autre raison, selon l'ex-chef de gouvernement, le «grand projet de Nicolas Sarkozy d'Union méditerranéenne. Il est important que la rive sud de la Méditerranée se développe et que la Libye fasse plus d'efforts pour développer le Maghreb». Sans oublier les milliards d’euros de contrats qui doivent être signés cette semaine à Paris par les Libyens.