Crimes de guerre en Serbie: Un ex-Premier ministre kosovar arrêté en France

JUSTICE Belgrade a demandé à Paris d’agir en «Etat de droit» en lui remettant l’ancien Premier ministre kosovar contre lequel elle a émis un mandat d'arrêt international...

20 Minutes avec agences

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L'ancien Premier ministre kosovar Ramush Haradinaj.
L'ancien Premier ministre kosovar Ramush Haradinaj. — Visar Kryeziu/AP/SIPA

L’ex-Premier ministre kosovar a été interpellé ce mercredi en France, plus précisément à l’aéroport de Bâle-Mulhouse. Ramush Haradinaj est accusé par Belgrade d’avoir commis des « crimes de guerre » durant le conflit de 1998-1999.

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L’ex-haut responsable de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) durant la guérilla contre les forces de Belgrade arrivait de Pristina et a, selon le ministère kosovar des Affaires étrangères, été arrêté « en vertu d’un mandat d’arrêt international émis par la Serbie ». La justice française doit désormais examiner cette demande.

Accusé d’avoir torturé et assassiné des dizaines de personnes

Désormais responsable de l’opposition kosovare, Ramush Haradinaj, 48 ans, avait été acquitté en 2012 par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de 37 chefs d’accusation. A son retour de La Haye, Ramush Haradinaj avait été accueilli avec les honneurs militaires et par une foule en liesse à Pristina.

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Mais que reproche la justice Serbe à l’ancien premier ministre kosovar ? La guérilla de 1998-1999 s’était achevée par la séparation de la Serbie du Kosovo majoritairement albanophone, après une campagne de bombardements de l’OTAN sur la Serbie.

Pendant le conflit, l’unité de Ramush Haradinaj, les « Aigles noirs », contrôlait une région frontalière de l’Albanie, principale voie d’entrée des armes destinées à l’UCK.
Son groupe est accusé par Belgrade d’avoir torturé et assassiné des dizaines de personnes dont les corps ont été découverts près du lac Radonjic, dans la région de Decani.

Compagnon d’armes d’Hashim Thaçi, l’actuel président, Ramush Haradinaj en est devenu un adversaire politique, s’opposant notamment à toute normalisation des relations avec Belgrade, qui n’a toujours pas reconnu le Kosovo depuis son indépendance en 2008.

Un tribunal international doit être mis en place en 2017

Premier ministre de décembre 2004 à mars 2005, il avait démissionné après avoir été inculpé par le TPIY pour des crimes contre des civils serbes, mais aussi albanais et roms du Kosovo, notamment des meurtres et des tortures.

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Un tribunal international doit être mis en place en 2017 pour juger les crimes commis par les guérilleros kosovars durant la guerre. Dans les spéculations sur les personnes susceptibles d’être mises en cause, figure le nom d’Hashim Thaçi. Le président kosovar apparaissait dans un rapport de 2010 du Conseil de l’Europe sur les exactions présumées commises par des membres de l’UCK sur quelque 500 prisonniers serbes, albanais et roms pendant la guerre.

De quelle « manière dont nous agirions dans une situation réciproque » ?

A noter que la Serbie a demandé, aujourd’hui jeudi, à Paris d’agir en « Etat de droit » en lui remettant l’ancien Premier ministre kosovar. « Il serait très illogique, même si je ne l’exclus pas, que la France, un Etat sérieux, un Etat de droit, n’agisse pas conformément au droit, mais conformément à ses positions politiques », a déclaré le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic.

« Dans ce cas-là, on se poserait nous aussi la question de la manière dont nous agirions dans une situation réciproque », a-t-il mis en garde, ajoutant qu’il n’aimerait « pas qu’on arrive dans une situation en France où la politique serait au-dessus du droit ».