Iran : Le rapport du renseignement américain «laisse une marge de manœuvre au dialogue»

NUCLEAIRE François Géré, président de l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas), répond à nos questions…

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) se sont rendus lundi sur le chantier du réacteur controversé d'Arak, l'un des sites nucléaires les plus sensibles d'Iran, a indiqué l'agence officielle Irna.
Des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) se sont rendus lundi sur le chantier du réacteur controversé d'Arak, l'un des sites nucléaires les plus sensibles d'Iran, a indiqué l'agence officielle Irna. — Atta Kenare AFP/Archives
Interview de François Géré, président de l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas) et spécialiste de l'Iran.

Un rapport du renseignement américain indique que l'Iran aurait arrêté ses plans d'armes nucléaires fin 2003 et qu'en cas de relance du programme militaire, Téhéran ne disposerait pas de la bombe avant plusieurs années. Un coup de théâtre?


Non, l'évaluation n'est pas surprenante. Les services de renseignements américains ont toujours tablé sur des capacités d'accession de l'Iran à l'arme nucléaire d'ici 5 à 7 ans. Il n'y a donc pas d'urgence à intervenir militairement. La véritable nouveauté, c'est que Téhéran aurait gelé son programme militaire clandestin dont on connaissait déjà l'existence. Fin 2003, les Iraniens ont «nettoyé» certains sites secrets après que l'Agence Internationale à l'Energie Atomique (AIEA) a été informée de l'existence de ces lieux. C'est à ce moment que Téhéran a préféré geler sa recherche militaire nucléaire.

Ce rapport signifie-t-il qu'il ne faut pas renforcer les sanctions contre l'Iran?

Au contraire, il invite à intensifier la pression par voie diplomatique puisque celle-ci se révèle efficace. Le rapport abonde dans le sens de davantage de sanctions. Ce qui est la position à la fois du département d'Etat américain et de Robert Gates, l'actuel secrétaire américain à la Défense. La voie est donc ouverte pour laisser une marge de manœuvre au dialogue et pas uniquement à la force.

Les sanctions se justifient d'autant plus que le rapport établit que l'Iran a bel et bien suivi un programme clandestin. Téhéran est donc pris en faute. Il est normal que les dirigeants iraniens aient à répondre à certaines questions et donnent des garanties sur l'absence de reprise de ce programme.

C'est justement ce que dit Ehud Barak, le ministre israélien de la Défense, qui croit savoir qu'après une pause, les Iraniens ont repris la recherche…

Le rapport ne fait pas plaisir aux dirigeants israéliens qui ne semblaient pas en avoir connaissance. Leur réaction est celle, compréhensible, de politiques pris à contre-pied. Mais le rapport n'ouvre pas pour autant de brèche dans les positions officielles américaines et israéliennes qui demandent le renforcement des sanctions.

Le rapport met toute de même à mal la position des faucons qui souhaitaient une intervention armée au cours de l'année 2008…

Toute opération militaire est rendue impossible avant la fin de l'actuelle présidence de George W. Bush. La publication de ce rapport, synthèse des treize principales agences d'espionnage américaines, témoigne de la volonté du monde du renseignement de ne plus se faire manipuler. Les renseignements ont en effet très mal vécu l'affaire irakienne en 2002-2003. La publication du rapport est donc avant tout une opération de politique intérieure qui leur permet de se prémunir contre d'éventuelles tentatives de manipulation. Elle profite avant tout aux démocrates qui exigent une modification de la stratégie actuelle de l'administration américaine.