Jeu d'enfants entre Barack Obama et Hillary Clinton

SLATE Le débat entre les deux principaux candidats à l'investiture démocrate ne vole vraiment pas haut...

Christopher Beam. Traduction 20minutes

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"Elle a voté pour la guerre, pour autoriser l'envoi des troupes en Irak et ensuite elle a dit que c'était une guerre en faveur de la diplomatie" a indiqué Obama lors d'un débat à Philadelphie organisé par la chaîne NBC.
"Elle a voté pour la guerre, pour autoriser l'envoi des troupes en Irak et ensuite elle a dit que c'était une guerre en faveur de la diplomatie" a indiqué Obama lors d'un débat à Philadelphie organisé par la chaîne NBC. — Stan Honda AFP

Ce n’est pas la première fois que des candidats à la présidentielle s’accusent d’être puérils. Mais jamais de cette manière. Hillary Clinton a envoyé ce week-end un email collectif qui disait: «LE SENATEUR OBAMA REECRIT L’HISTOIRE EN PRETENDANT QU’IL N’AVAIT PAS PREVU DE SE LANCER DANS LA COURSE A LA PRESIDENCE». Ce communiqué répond à Obama, qui avait déclaré: «Moi, contrairement aux autres candidats, cela ne fait pas des années que je planifie de me porter candidat». Mais Hillary Clinton indique dans son communiqué que, dès la maternelle Obama, pensait à la Maison Blanche. Il avait écrit à l’époque une rédaction intitulée «Je veux devenir président».

Le communiqué a un double objectif. D’abord, il contribue à une attaque plus large sur l’honnêteté d’Obama – si on ne peut pas le croire quand il parle de ses ambitions, comment pourrait-on lui faire confiance sur le reste? Mais le mail de Clinton renvoie aussi à une stratégie dont on a déjà parlé sur ce site: décrire Obama comme un enfant. Le mois dernier, Hillary a avancé que ce n’était pas parce qu’Obama avait vécu à l’étranger quand il avait 10 ans qu’il s’y connaissait en politique étrangère. Elle a insinué que, d’une certaine manière, il était toujours cet enfant de 10 ans. Et maintenant elle dépeint Obama comme un écolier calculateur, opportuniste et carriériste.

Elle a raison, Obama minimise ses propres ambitions. Après tout, ce n’est pas comme s’il s’était réveillé un jour de janvier et avait décidé de se présenter. Il est vrai qu’Obama a attaqué Hillary sur le même terrain, en faisant écho à une thèse défendue dans le livre Her way (qu’elle a depuis démentie): Hillary et Bill auraient mis sur pied un plan de 20 ans pour arriver à la Maison Blanche. Mais c’est tout de même stupide de transformer une rédaction écrite par Obama à la maternelle en preuve de malhonnêteté.

Plus important: qu’est-ce que cela apporte à un candidat de dépeindre son adversaire comme quelqu’un qui a, plus que tout, envie de ce job? Obama a passé des mois à titiller Hillary parce qu’elle n’avait pas prévu ce qui allait se passer en Irak. Pourquoi prévoir sa propre carrière est-il devenu soudain un handicap? Certes, Obama peut vouloir perpétuer l’image d’une Hillary calculatrice et opportuniste. Mais essayer d’avoir l’air plus désinvolte que son adversaire, en prétendant qu’on peut se réveiller un jour et tomber comme ça dans le bureau oval, ça c’est juste… puéril.


Posté le lundi 3 décembre sur slate.com