Attentat de Berlin: Le point sur l’enquête et ses zones d'ombres

ENQUÊTE Huit jours après l’attentat commis en Allemagne, retour sur le parcours du Tunisien Anis Amri…

O. P.-V.

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Des pompiers sur le site de l'attaque au camion sur le marché de Noël à Berlin, le 20 décembre 2016
Des pompiers sur le site de l'attaque au camion sur le marché de Noël à Berlin, le 20 décembre 2016 — Markus Schreiber/AP/SIPA

Comment un Tunisien bien connu de la police allemande et condamné en Italie a-t-il pu traverser trois pays de l’espace Schengen sans être repéré ? Plus d’une semaine après l’attentat au camion-bélier qui a fait douze morts à Berlin, plusieurs questions restent en suspens pour expliquer l’itinéraire du terroriste, abattu le 23 décembre près de Milan. 20 Minutes fait le point.

Un radicalisé repéré par les services allemands

À peine l’émotion retombée et le profil de l’auteur de l’attaque connu, les critiques ont fusé, pointant les largesses sécuritaires de la police allemande. En cause, le fait qu’Anis Amri a été suivi pendant six mois par les services de renseignement, qui le soupçonnaient de préparer un cambriolage pour s’équiper en vue de commettre un attentat.

Cette surveillance avait été suspendue en septembre. Sa demande d’asile en Allemagne avait été rejetée en juin pour ce motif, mais son expulsion vers la Tunisie avait été rejetée par son pays d’origine, qui refusait de le reconnaître comme l’un de ses ressortissants.

Un casier judiciaire bien rempli

Tunis ne pouvait pourtant pas ignorer l’homme, condamné en 2011 par contumace pour vol de voiture. Par contumace car entre-temps, Anis Amri avait disparu, profitant du chaos du Printemps arabe en Tunisie pour rejoindre l’Italie via l’île de Lampedusa.

Il s’est très vite fait remarquer en incendiant une école, ce qui lui a valu une condamnation à quatre ans de prison par le tribunal de Palerme. À sa sortie en 2015, faute de papiers valables, il n’a pas été renvoyé en Tunisie (pour les mêmes raisons qui ont empêché son expulsion d’Allemagne) et a été remis en liberté. C’est ensuite qu’il a rejoint l’Allemagne dans le flux des réfugiés et migrants. La Tunisie n’a transmis les papiers permettant son renvoi dans son pays d’origine que… le 21 décembre, a rapporté Le Monde. Soit deux jours après l’attentat.

Une perte de temps dans les heures qui ont suivi

Alors qu’elle avait dans un premier temps interpellé un Pakistanais, finalement relâché, la police allemande ne s’est officiellement mise sur la piste d’Amri que deux jours après l’attentat, en diffusant un mandat d’arrêt européen le 21 décembre au matin. Les empreintes digitales de l’homme de 24 ans ont pourtant été retrouvées sur une portière du camion utilisé pour l’attaque, et surtout le Tunisien avait laissé un portefeuille dans la cabine du véhicule, contenant un récépissé de demande d’asile. La police berlinoise a justifié ce temps de latence par le fait que le document en question n’avait été retrouvé que le 20 décembre.

Des zones d’ombres sur son parcours jusqu’en Italie

Tué par la police italienne lors d’un contrôle d’identité près de Milan dans la nuit du 22 au 23 décembre, Anis Amri a pu quitter l’Allemagne et rejoindre l’Italie en transitant par la France après avoir commis son attentat. Le député LR Thierry Solère a apostrophé ce mardi Bruno Le Roux, le ministre de l’Intérieur, à ce sujet.

« Il est évident qu’on ne peut pas tous les mètres mettre un fonctionnaire des douanes ou un fonctionnaire de police. Une frontière, ce n’est pas quelque chose d’hermétique malheureusement, même avec un mandat d’arrêt », a expliqué à BFM Luc Poignant, porte-parole du syndicat Unité SGP Police FO.

>> A lire aussi : Attentat à Berlin: Que faisait Anis Amri près de Milan ?

Le terroriste a été filmé par la vidéosurveillance de la gare de Lyon-Part-Dieu le 22 décembre, la veille de sa mort. Comment a-t-il traversé la frontière franco-allemande ? En voiture, en train ? Ou bien est-il passé par la Suisse, également membre de l’espace Schengen ? Cette partie-là de son périple est encore inconnue. Mais à partir de Lyon, il a acheté un billet de train pour Milan, avec une correspondance par Chambéry. Et il a pu entrer en Italie sans être inquiété, et passer plusieurs heures à Turin, avant qu’un contrôle d’identité inopiné à Sesto San Giovanni, juste au nord de Milan, ne permette aux autorités de l’identifier.