Les amazones du Kurdistan irakien

Au Kurdistan irakien, Olivier Touron (textes et photos) - ©2007 20 minutes

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Au nord de l'Irak, dans les montagnes de Qandil, elles seraient 3 000 à porter les armes. Kurdes, de Turquie, de Syrie, d'Iran, d'Irak, mais aussi revenues d'Europe, ces femmes âgées de 16 à 40 ans sont des amazones modernes. Leur organisation - PAJK, le mouvement des femmes du Kurdistan - est affiliée au KGK, le congrès du peuple kurde, autrement dit le PKK. Ce parti créé à la fin des années 1970 et aujourd'hui inscrit sur la liste des organisations ter­roristes par Ankara, Washington et l'Union européenne est à l'origine de la guerre civile qui a embrasé l'Anatolie (est de la Turquie) au milieu des années 1980. Leur combat : la reconnaissance de l'identité culturelle des 25 millions de Kurdes de Turquie. En 1995, fait unique dans le monde des guérillas, naît le PAJK, la branche féminine du PKK.

A la frontière de l'Iran et de l'Irak, à deux pas de bottes de la frontière turque, les femmes du PAJK ont installé leur centre de réflexion politique. La rééducation des hommes, le rôle de la femme dans la lutte armée, l'organisation de la société civile, tous ces thèmes sont discutés par les femmes et communiqués ensuite au reste du mouvement. En revanche, au sein de l'HPG, l'armée du peuple, les femmes s'entraînent et se battent à armes égales avec les hommes. Mais elles ont leur propre commandement, YJA star. Et pas question de tomber amoureuses. Dans ce mouvement à la discipline éprouvée, toute relation est prohibée et seule est tolérée la passion pour le leader Abdullah Öcalan, détenu en Turquie sur l'île-prison d'Imrali depuis 2000.

Comme leurs « havales » (camarades) hommes, les amazones kurdes luttent aujourd'hui autant contre l'armée turque omniprésente au sud-est de la Turquie, la théocratie chiite iranienne et l'autocratie arabe syrienne que pour libérer leur genre du joug masculin propre à la société rurale et montagnarde de ce peuple sans état. Egarées dans leurs montagnes, kalachnikov en bandoulière, une fleur dans les cheveux, elles rêvent de l'âge d'or décrit par leur chef Abdullah Öcalan dans son livre programme, au retour de la société matriarcale de l'ère mésopotamienne. Pour elles, la femme est le passé de l'homme. Elle sera forcément son avenir.