Qui est Sophie Pétronin, l’humanitaire française enlevée au Mali?

PORTRAIT Installée depuis quinze ans à Gao, l'Ardéchoise Sophie Pétronin était connue pour son travail en faveur des enfants maliens...

O. P.-V. (avec AFP)

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Gao, dans le nord du Mali, le 17 février 2013.
Gao, dans le nord du Mali, le 17 février 2013. — PASCAL GUYOT / AFP

Son nom est bien connu dans le nord du Mali. La Française Sophie Pétronin, 66 ans, à la tête d’une association d’aide à l’enfance, a été enlevée samedi à Gao, par des hommes armés.

Dimanche, le ministère français des Affaires étrangères a confirmé le rapt, assurant « qu’en lien avec les autorités maliennes, les autorités françaises sont pleinement mobilisées pour rechercher et libérer, le plus vite possible, notre compatriote ».

Son mari sous le choc

Médecin nutritionniste, Sophie Pétronin s’est installée à Gao au début des années 2000, après avoir découvert le Mali en 1996 lors d’une semaine d’itinérance au contact des Touaregs. Elle y construit sa maison en 2003, raconte le Dauphiné libéré, qui connaît bien le parcours de l’Ardéchoise d’origine. Ses compétences professionnelles étaient depuis mises au service de l’association suisse « Aide à Gao », qui vient en aide aux enfants mal nourris.

Le 5 avril 2012, elle se retrouve prise dans les conséquences du coup d’Etat. Réfugiée au consulat d’Algérie, Sophie Pétronin échappe de peu, déjà, à un enlèvement, dans des circonstances rocambolesques qu’elle racontera quelques semaines plus tard au Dauphiné libéré.

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Jean-Pierre Pétronin, son époux s’est dit lundi « choqué » par ce rapt : « Je suis choqué de voir ce qui se passe. On ne sait pas encore qui a fait ça. Il n’existe aucune revendication pour le moment. C’est quand même dingue d’en arriver là, après tout ce qu’elle a fait ces dernières années à Gao pour les enfants de 0 à 4 ans », a-t-il déclaré à l’AFP. « Elle disait que ce n’était pas simple sur place, mais que ça allait. Je me disais que la ville était peut-être un peu plus sécurisée désormais, du fait de la présence des forces françaises. La preuve en est que c’est toujours difficile », a-t-il ajouté.

Exfiltrée grâce à des rebelles touaregs

Ce 5 avril donc, des islamistes enlèvent sept diplomates algériens. Elle est exfiltrée avec l’aide de rebelles touaregs – « On a roulé tous feux éteints dans Gao. Une garde armée nous escortait » - et réussit à revenir en France, après avoir traversé « 600 kilomètres de dunes » en une nuit jusqu’à l’ambassade française en Algérie. Elle ne passera que deux mois dans les Cévennes, auprès de sa famille, avant de retourner au Mali.

Quatre ans plus tard, elle n’a pu échapper cette fois à un enlèvement, sans que l’identité des auteurs ne soit encore connue. « Nous poursuivons les recherches pour retrouver Sophie. Nous avons des hommes sur le terrain pour la retrouver. Mais jusque-là, il n’y a pas de résultat », a confié dimanche matin une source de sécurité malienne. Les soldats français de la force Barkhane (4.000 hommes dans la région du Sahel), qui disposent d’une base importante à Gao avec notamment des hélicoptères, « participent activement aux recherches au côté des Maliens », a pour sa part indiqué une source militaire française, sans davantage de précisions.

Treize Français enlevés au Sahel entre 2010 et 2013

Si elle n’est pas libérée rapidement, Sophie Pétronin risque de devenir une nouvelle otage française au Sahel. La dernière otage française en date était la franco-tunisienne Nourane Houas, enlevée au Yémen en décembre 2015 et libérée en octobre 2016, grâce à une médiation du sultanat d’Oman.

Entre 2010 et 2013, treize Français ont été enlevés ou tués dans la région du Sahel, par des groupes jihadistes plus ou moins liés à Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), voire des malfaiteurs désireux de revendre leurs prises à Aqmi.