Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou lors de son discours annuel de fin d'année aux journalistes étrangers, à Jérusalem, le 20 décembre 2016.
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou lors de son discours annuel de fin d'année aux journalistes étrangers, à Jérusalem, le 20 décembre 2016. — AFP

PROCHE-ORIENT

Résolution de l'ONU sur la colonisation: Israël fulmine, l'OLP et la Ligue arabe saluent une décision «historique»

L’abstention des Etats-Unis a permis l’adoption de la première résolution de l’ONU depuis 1979 condamnant Israël pour sa politique de colonisation...

Israël tentait ce samedi de contenir les retombées du vote d’une résolution de l’ONU contre les colonies après avoir accusé le président américain Barack Obama de ne pas s’être opposé à cette résolution « honteuse ». Le Conseil de sécurité a voté le texte vendredi, l’abstention des Etats-Unis ayant permis l’adoption de la première résolution de l’ONU depuis 1979 condamnant Israël pour sa politique de colonisation.

La décision de Washington de ne pas opposer son véto a provoqué la colère d’Israël, qui a accusé Barack Obama d’abandonner son plus proche allié au Moyen-Orient dans les derniers jours de son administration. Le vote est intervenu malgré les efforts du président américain élu Donald Trump qui avait fait pression sur l’Egypte, à l’origine de la résolution, pour qu’elle le reporte. Mais après la volte-face du Caire, la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela avaient décidé de présenter de nouveau le texte.

Le gouvernement Obama accusé de s’être « associé en coulisses » à la « ligue anti-israélienne » à l’ONU

Même si la résolution ne prévoit pas de sanctions contre Israël, les responsables israéliens craignent qu’elle ne facilite les poursuites à la Cour de justice internationale et n’encourage des sanctions contre les produits des colonies. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a condamné la résolution et critiqué le président américain dans des termes particulièrement durs, en accusant le gouvernement Obama de s’être « associé en coulisses » à la « ligue anti-israélienne » à l’ONU.

« Israël rejette cette résolution anti-israélienne honteuse des Nations unies et ne s’y conformera pas », ont fait savoir les services du Premier ministre dans un communiqué. L’Etat hébreu « attend avec impatience de travailler avec le président élu Donald Trump et avec tous nos amis au Congrès, Républicains comme Démocrates, pour neutraliser les effets néfastes de cette résolution absurde », poursuit le communiqué.

Michael Oren, ancien ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis et ministre adjoint chargé de la diplomatie publique, a laissé entendre que la résolution était « antisémite ». « De tous les conflits dans le monde (…) seuls les Juifs sont mis sur la sellette (…) Il me semble que cela ressemble beaucoup à de l’antisémitisme », a-t-il déclaré à des journalistes peu après le vote. Donald Trump a quant à lui promis sur Twitter qu’après sa prise de fonction, « les choses seraient différentes » à l’ONU.

Washington, plus important allié d’Israël, a traditionnellement servi de bouclier diplomatique à l’Etat hébreu en le protégeant des résolutions de l’ONU. Mais, frustrés par des années d’efforts diplomatiques infructueux, les Etats-Unis ont justifié leur abstention par l’impact de la colonisation sur la recherche de la paix au Proche-Orient. « On ne peut en même temps défendre l’expansion des colonies israéliennes et une solution à deux Etats », comme le fait Benyamin Netanyahou, a déclaré l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Samantha Power, après le vote, accueilli par des applaudissements.

L’administration Obama avait mis son veto à une résolution similaire en 2011. Mais cinq ans plus tard, la position du président sortant, qui entretient des relations notoirement exécrables avec Benyamin Netanyahou, faisait l’objet de nombreuses spéculations sur un possible revirement.

Un « grand camouflet » pour Israël

La résolution votée vendredi exhorte Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est », affirmant par ailleurs que les colonies israéliennes « n’ont pas de valeur juridique » et sont « dangereuses pour la viabilité d’une solution à deux Etats ».

Un porte-parole du président palestinien, Mahmoud Abbas, a qualifié cette résolution de « grand camouflet » pour Israël. « Il s’agit d’une condamnation internationale unanime de la colonisation et d’un fort soutien à une solution à deux Etats », a déclaré Nabil Abu Roudeina.

Pour le numéro deux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat, il s’agit « d’un jour historique » et d’une « victoire (…) du droit international ». La Ligue arabe a également salué samedi cette résolution qui reflète « l’appui et le soutien de la communauté internationale à la lutte historique du peuple palestinien ».

« Historique »

Le secrétaire général de l’organisation panarabe, Ahmed Aboul Gheit, a dit espérer que cette résolution fasse naître « un élan permettant d’intensifier les appels pour pousser la partie israélienne à se conformer à cette résolution et à l’ensemble des décisions internationales liées à l’arrêt de la colonisation ».

La Jordanie a salué cette résolution comme une décision « historique », qui « exprime le consensus de la communauté internationale (à considérer) la colonisation israélienne comme illégale et réaffirme le droit historique du peuple palestinien (à vivre) à Jérusalem et sur ses terres historiques ».

Après l’adoption du texte, Israël a annoncé le rappel de ses ambassadeurs au Sénégal et en Nouvelle-Zélande « pour consultations ». L’Etat hébreu n’a pas de relations diplomatiques avec le Venezuela ou la Malaisie.