Attentat de Berlin : On a traduit pour vous la revendication de Daesh

TERRORISME L’organisation Etat islamique a revendiqué l’attaque de Berlin mardi soir dans un message qui ressemble à beaucoup d’autres…

Florence Floux
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L'hommage de la Sécurité routière aux victimes de l'attentat de Berlin a été jugé de mauvais goût par de nombreux internautes.
L'hommage de la Sécurité routière aux victimes de l'attentat de Berlin a été jugé de mauvais goût par de nombreux internautes. — Matthias Schrader/AP/SIPA

La nouvelle a fini par tomber mardi soir. Le groupe Etat islamique (EI) a revendiqué l’attentat au camion-bélier du marché de Noël de Berlin. « Un soldat de l’EI a commis l’opération de Berlin en réponse aux appels à cibler les ressortissants des pays de la coalition internationale », a indiqué l’agence de propagande de l’EI, Amaq.

Cette formulation reprend au mot près les revendications de précédents attentats, explique à 20 Minutes le journaliste de France 24 Wassim Nassr, auteur du livre Etat islamique, le fait accompli (Ed. Plon). C’est le cas de celui de Magnanville (Yvelines), au cours duquel Larossi Abballa a tué un policier et sa compagne. Mais aussi celui de Nice (Alpes-Maritimes), qui pourrait avoir inspiré l’attaque de Berlin, compte tenu du mode opératoire.

« On a répondu favorablement à cheikh Adnani »

Dans un communiqué de quelques lignes, Amaq relayait ainsi la revendication du meurtre de 86 personnes sur la promenade des Anglais par l’EI : « L’auteur de l’opération d’écrasement à Nice, en France, est un des soldats de l’Etat islamique qui a exécuté cette action en répondant à l’appel à viser les citoyens des Etats de la coalition qui combat l’Etat islamique. »

Les termes employés par l’EI semblent indiquer que l’attentat n’a pas été commandité par l’organisation terroriste, mais qu’il s’agit plutôt d’une revendication opportuniste. Le cas de Larossi Abballa est particulièrement parlant. Pendant la prise d’otages dans le pavillon des Yvelines, l’assaillant se filme sur Facebook live et explique : « On a répondu favorablement à cheikh Adnani. » Le terroriste, abattu par le Raid, fait référence à Abou Mohammed al-Adnani, le « ministre des attentats » de Daesh.

Pas de téléguidage par l’EI ?

En septembre 2014, le porte-parole de l’EI, tué depuis par une frappe de la coalition, appelait dans un message audio les partisans du groupe terroriste à tuer « un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français (…) ou tout citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique ». Pour ce faire, il donnait des conseils, dont : « Renversez-le avec votre voiture. »

La vidéo de Larossi Abballa tend à démontrer qu’il répond à l’appel de Daesh mais que son acte n’a pas été commandité directement et pensé en amont par l’EI, comme c’était le cas du 13 novembre ou bien de l’attentat de Bruxelles. Le communiqué de revendication des attentats de Paris et Saint-Denis employait une formulation différente de celle de Berlin : « Huit frères portant des ceintures d’explosifs et des fusils d’assaut ont pris pour cibles des endroits choisis minutieusement à l’avance au cœur de la capitale française. »

Un djihadiste en fuite

Le fait que Daesh revendique l’attaque de Berlin alors que l’auteur est toujours en fuite a pu sembler dans un premier temps inédit. Pourtant, « il y a eu un précédent en octobre dernier, lors de l’attentat d’Hambourg. C’est la seconde fois en Allemagne, mais il n’y a aucun autre exemple ailleurs », indique Wassim Nassr. Le 16 octobre, un individu, qui n’a toujours pas été interpellé, avait tué un adolescent à l’arme blanche et grièvement blessé une autre personne. Les termes de la revendication de Daesh étaient identiques à ceux de Berlin.

Quant à la fuite du terroriste, là encore, il y a des précédents. « Ça n’a rien d’étrange, Abaaoud l’a fait aussi. Tout dépend du plan. Il peut s’agir du même pour Hambourg et Berlin », commente Wassim Nassr. Abdelhamid Abaaoud, Salah Abdeslam, Mohamed Abrini… Les exemples de djihadistes en fuite après un attentat ne sont pas forcément rares. Dans ces trois cas liés à la cellule de Paris et Bruxelles, d’autres attaques étaient prévues après les premières. D’après le procureur de la République de Paris, Abaaoud devait par exemple frapper le centre commercial de la Défense, après le 13 novembre.

Pour autant, Wassim Nassr rappelle que peu de conclusions peuvent être tirées « tant que l’on ne connaît pas le profil du terroriste ». La police allemande rechercherait actuellement, selon certains médias allemands, un ressortissant tunisien dont les papiers se trouvaient dans la cabine du camion.