Ambassadeur russe tué en Turquie: Pourquoi ce n’est pas comparable à l’assassinat de François-Ferdinand en 1914

TURQUIE Après l’assassinat du représentant de Moscou à Ankara, les internautes se demandaient si l’incident allait causer une « troisième guerre mondiale »…

M.C.

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Des soldats turcs près du bâtiment où l'ambassadeur russe à Ankara a été tué, le 19 décembre 2016.
Des soldats turcs près du bâtiment où l'ambassadeur russe à Ankara a été tué, le 19 décembre 2016. — ADEM ALTAN / AFP

Un attentat contre un haut représentant d’un Etat à l’étranger dans une période de fortes tensions. Après l’assassinat de l’ambassadeur russe à Ankara, Andreï Karlov, abattu lundi par un jeune policier turc devant les objectifs des caméras, une inquiétude s’est répandue sur internet comme une traînée de poudre : et si l’incident déclenchait un conflit planétaire ?

Sur Twitter, beaucoup comparaient les faits à l’assassinat de l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand en 1914, qui avait précipité le monde dans la Première Guerre mondiale. Mais malgré certaines similitudes au premier coup d’œil, les circonstances sont bien différentes. 20 Minutes fait le point.

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Ce qu’il s’est passé en 1914

En période de tensions croissantes entre l'Autriche et la Serbie, l’archiduc François-Ferdinand, neveu de l’empereur François-Joseph et héritier du trône d'Autriche-Hongrie, se trouve en Bosnie en ce début d’été 1914, pour y diriger des manœuvres militaires. Malgré les mises en garde, il se rend à Sarajevo le 28 juin, un déplacement pris comme une provocation par la minorité serbe sur place. Après avoir échappé à un premier attentat le même jour, François-Ferdinand est finalement assassiné avec son épouse par un jeune nationaliste serbe.

Le gouvernement autrichien tient la Serbie pour responsable et lui déclare la guerre. Par le jeu des alliances, les autres puissances, l’Italie, l’Allemagne, la Russie, le Royaume-Uni et la France, entrent aussi dans le conflit : l’incident est considéré comme le déclencheur de la Première Guerre mondiale.

Des situations bien différentes

Cent deux ans plus tard, la répétition d'un tel scénario est très improbable, estiment les experts en relations internationales. Les tensions sont indéniables entre Moscou et Ankara, particulièrement autour de la Syrie: la Russie est le principal allié du régime de Bachar al-Assad, alors que la Turquie  soutient les rebelles qui cherchent à renverser le président syrien.

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Mais les deux puissances, dont les relations sont tombées au plus bas en novembre 2015 quand un avion militaire russe a été abattu par la Turquie, ont amorcé l’été dernier un rapprochement sur fond d’intérêts communs, économiques et stratégiques. La comparaison n’est donc « pas pertinente », selon l’analyste en géopolitique et sécurité Michael Horowitz, pour qui l'incident n'aura pas de conséquences à long terme sur les relations russo-turques.

Au contraire, Recep Tayyip Erdogan comme Vladimir Poutine, dans des déclarations séparées, ont rapidement qualifié cet assassinat de « provocation » visant à torpiller la normalisation entre les deux pays et se sont parlé au téléphone peu après l’attaque. Alors qu’une réunion axée sur le dossier syrien est prévue mardi à Moscou entre les chefs des diplomaties russe, turque et iranienne, la télévision russe évoque un acte destiné à faire échouer l’accord en passe d’être conclu sur la Syrie

Les conséquences possibles

L’assassinat d’Andrei Karlov pourrait plutôt servir de prétexte pour poursuivre une politique répressive en Turquie contre l’opposition. Le maire d’Ankara, Melih Gökçek, a ainsi émis l’hypothèse sur son compte Twitter que l’assaillant pourrait être lié à Fethullah Gülen, prédicateur islamiste basé aux Etats-Unis et déjà accusé du coup d’Etat manqué du 15 juillet.

Vladimir Poutine a de son côté formulé des menaces vagues, déclarant à la télévision russe qu’« il peut y avoir qu’une réponse à cela : intensifier la lutte contre le terrorisme et les bandits le sentiront passer ». Une conséquence possible en Syrie est que l’opinion internationale se montre moins sensible à la cause de la rébellion contre le régime de Bachar al-Assad et à celle des réfugiés après les mots prononcés par le tireur, « N’oubliez pas la Syrie, n’oubliez pas Alep ».