«Un pouvoir fort qui peut développer le pays»

Emmanuel Dalbane

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Un enfant glisse un bulletin dans l'urne sous l'oeil de sa mère à Moscou, le 2 décembre 2007.
Un enfant glisse un bulletin dans l'urne sous l'oeil de sa mère à Moscou, le 2 décembre 2007. — REUTERS/Shamil Zhumatov

La rue principale de Vladimir est une artère très coquette, avec ses antiques façades colorées et ses nombreux magasins qui proposent des offres généreuses au chaland: «Achète une télévision», «Un ordinateur portable pour seulement 690 roubles (20 euros) par mois!».

C’est d’un de ces magasins que sortent Irina Panasova et sa fille Tania. Aujourd’hui, ce n’est pas seulement les élections législatives, mais les dix-neuf ans de Tania, qui va voter pour la première fois. Sa mère lui a offert un DVD, «Paris, je t’aime», «c’est tout ce que je peux me permettre», sourit-elle. À 45 ans, Irina est employée dans l’administration d’une des plus grosses usines de la ville, «Avtopribor», qui produit des pièces pour automobiles. Elle vit dans un quartier excentré de cette ville moyenne des environs de Moscou, qui a retrouvé un certain dynamisme depuis quelques années.

Aujourd’hui, Irina vote pour Russie Unie et l’homme qui en conduit la liste aux élections, le président Vladimir Poutine. Ce n’est pas tellement qu’elle ait ressenti une amélioration de son sort. «Mais pour qui d’autre voter? Les communistes? Pas question! Mes parents, des Allemands de la Volga, ont été déportés par Staline. Quant aux autres partis, ils sont trop faibles», estime la quarantenaire.

Tania, elle, vote pour le Parti communiste. Sa mère, surprise, ne peut s’empêcher de laisser échapper une exclamation. «Je pense que c’est mieux que Russie Unie soit au pouvoir, mais en même temps je veux qu’il y ait une vraie opposition à la Douma», l’assemblée nationale russe, «et les communistes sont les seuls qui auront assez de voix pour ça», affirme Tania.

Leur petit deux-pièces, plutôt confortable, a été rénové il y a deux ans par son mari. En économisant, Irina et Serguei, qui ne veut pas parler aux journalistes, ont même pu envoyer Tania étudier un mois en Allemagne, l’été dernier. Irina touche à Avtopribor un salaire de 12.000 roubles, «un salaire pas mal pour une femme à Vladimir», reconnaît-elle, «mais l’inflation mange tout ce qu’on peut gagner, et notre niveau de vie baisse constamment».

Alors pourquoi voter Poutine? «Vous savez, je ne m’y connais pas beaucoup en politique», explique-t-elle. «Mais je ne suis pas indifférente au pays dans lequel je vais vivre demain.» Si elle vote Russie Unie, c’est avant tout parce qu’elle craint le changement, et l’instabilité qu’il pourrait apporter. «Si un autre arrive au pouvoir, tout va être bouleversé et les problèmes vont recommencer», est-elle persuadée. Comme tous les Russes, elle a un très mauvais souvenir des années 90, quand Boris Eltsine était président, de la crise de 1998, du rouble dévalué et des difficultés pour se nourrir. Et puis, elle «respecte beaucoup» Vladimir Poutine. «Ça me plaît qu’il soit sportif, qu’il mène une vie saine, qu’il sache se tenir. Eltsine était un vrai alcoolique!», se souvient Irina. «La seule chose qui me fait peur, c’est ce que tout le monde raconte, qu’on va vers le totalitarisme. Mais je veux croire qu’on peut avoir un pouvoir fort, qui peut développer le pays.»