Avant les JO 2020, les Japonais peuvent suivre des cours pour apprendre à parler aux étrangers

JAPON Le nombre de touristes pourrait quadrupler en quelques années...

Mathias Cena

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Des touristes arrivent à l'aéroport du Chubu, près de Nagoya (Japon).
Des touristes arrivent à l'aéroport du Chubu, près de Nagoya (Japon). — NEWSCOM/SIPA

De notre correspondant à Tokyo,

A quatre ans des Jeux olympiques de Tokyo, le Japon accueille plus de touristes étrangers que jamais : cette année, 24 millions de personnes devraient visiter l’Archipel, une accélération soudaine, alors que la barre des 10 millions n’avait jamais été franchie avant 2013. Mais c’est encore insuffisant pour le gouvernement japonais, qui s’est fixé l’objectif d’accueillir 40 millions de visiteurs étrangers par an en 2020, puis 60 millions d’ici 2030.

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Face à l’optimisme et l’appétit de ses dirigeants pour cette manne venue d’ailleurs, les sentiments sont mitigés au sein d’une population peu mélangée : le pays ne comptait fin 2015 que 2,23 millions de résidents étrangers, à peine 1,76 % de sa population. La perspective des Jeux olympiques et d’un afflux touristique toujours plus fort alimente surtout les inquiétudes sur la propreté, la sécurité, les problèmes de circulation, et surtout la communication.

Des touristes se prennent en photo dans le quartier d'Asakusa, à Tokyo, le 31 mars 2016.
Des touristes se prennent en photo dans le quartier d'Asakusa, à Tokyo, le 31 mars 2016. - Tsuyoshi Yoshioka/AP/SIPA

« Beaucoup de Japonais ont tendance à vouloir fuir face à un étranger »

Parfois, une exposition soudaine à l’étranger provoque des comportements insolites. En octobre dernier, l’annonce diffusée dans un train par un contrôleur a fait scandale: il s’excusait auprès des passagers nippons de la gêne occasionnée par la présence « de nombreux étrangers » à bord. Mais en relatant l’épisode, et en expliquant au passage à ses téléspectateurs pourquoi cette déclaration posait problème, même s’il y avait effectivement des non-Japonais bruyants à bord, la chaîne TV Asahi a résumé la scène avec cette illustration :

« Beaucoup de Japonais ne sont pas à l’aise face à l’étranger et ont tendance à montrer leur peur ou à vouloir fuir, ce qui peut laisser une mauvaise impression aux touristes », note Sachiko Yaginuma, présidente de « l’Association des coachs de l’hospitalité japonaise ». Convaincue qu’il n’y a « pas de temps à perdre » avant les JO, elle propose depuis cette année aux commerçants et professionnels du tourisme, mais aussi aux particuliers, des stages pour se sentir « moins désemparés » face aux visiteurs.

Langage corporel

« Les gens perdent leurs moyens car ils ont l’impression de ne pas pouvoir communiquer. On leur enseigne donc quelques rudiments linguistiques pour qu'ils soient moins sur la défensive », explique-t-elle : savoir dire "bonjour" et "merci" en chinois et en coréen, et quelques phrases en anglais pour briser la glace. Celle qui dit avoir déjà formé quelque 200 personnes refuse cependant d’accorder trop d’importance à la communication verbale : « L’apprentissage des langues prend beaucoup de temps. Avec des choses simples comme un sourire ou un regard, on peut aussi faire en sorte que ces touristes aient une meilleure impression de leur voyage au Japon. »

Dans la liste des inquiétudes qu’inspirent les étrangers, les différences culturelles qui pourraient engendrer des malentendus arrivent aussi dans le peloton de tête. Tout au long d’un e-book intitulé Au secours ! Je dois rencontrer un étranger dans 5 minutes !, l’auteure Eri Obata recommande ainsi d’éviter tous les comportements considérés comme polis au Japon, mais qui pourraient surprendre une personne issue d’une autre culture, comme se conduire avec trop de réserve et de modestie, s’incliner, se cacher la bouche avec la main, rire pour manifester sa gêne ou ne pas regarder son interlocuteur dans les yeux.

« Le cerveau humain juge l’interlocuteur en une fraction de seconde »

Pour surmonter la barrière culturelle, Sachiko Yaginuma entraîne ses stagiaires à sourire « en montrant les dents du haut ». « Les Japonais ne sont pas habitués à sourire ou même à saluer les gens qu’ils ne connaissent pas, et c’est encore accentué quand «l'autre» est un étranger », estime-t-elle.

« Le cerveau humain, explique cette ancienne présentatrice de radio et télévision, juge l’interlocuteur en une fraction de seconde lors d’une rencontre, et décide en fonction comment réagir. C’est pourquoi ces signaux visuels sont particulièrement importants ». Elle évoque le déclin de la population japonaise et l’importance du tourisme pour l’économie : « Les Jeux olympiques, pense-t-elle, sont un rendez-vous important. Mais une fois passée cette échéance, il faudra donner aux gens l’envie de revenir. »