Alep-est: Pourquoi l’évacuation des civils est si compliquée à mettre en oeuvre

SYRIE Les combats ont repris dans les derniers quartiers tenus par les rebelles, faisant craindre le pire pour les populations civiles…

Vincent Vantighem

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Alep-est (Syrie). Des civils fuient les combats qui font rage, le 13 décembre 2016.
Alep-est (Syrie). Des civils fuient les combats qui font rage, le 13 décembre 2016. — KARAM AL-MASRI / AFP

Une vingtaine de bus verts avaient bien été positionnés dans le quartier de Salaheddine. Mais leurs moteurs sont restés éteints. Leurs chauffeurs, endormis au volant. Prévue à 5 h ce mercredi, l’évacuation des civils et rebelles d’Alep-est, encerclés par les forces loyales à Bachar al-Assad, a finalement été suspendue. Vers 10 h, de violents bombardements et tirs d’artillerie ont repris, faisant craindre le pire pour les 50 000 à 100 000 civils qui seraient encore bloqués sous une pluie froide dans ce secteur d’à peine 5 km².

>> A Alep, «les derniers civils savent qu’ils vont mourir…»

« Nous avons fait une offre de service pour permettre la mise en place du corridor d’évacuation. Mais nous n’avons pas eu de réponse, a indiqué à 20 Minutes, depuis Genève (Suisse), Krista Armstrong, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Pour l’instant, nous sommes en stand-by. »

Cela risque de durer… D’après des sources russes, les combats auraient repris ce matin pour repousser des attaques menées par des rebelles. Soutenus par la Turquie, ces derniers ont, au contraire, expliqué que le cessez-le-feu avait été bloqué après que le régime syrien a imposé de « nouvelles conditions » inacceptables. A commencer par une liste précise comprenant les noms de tous ceux qui veulent quitter le périmètre…

Un des bus qui doivent permettre l'évacuation des civils d'Alep, le 14 décembre 2016
Un des bus qui doivent permettre l'évacuation des civils d'Alep, le 14 décembre 2016 - GEORGE OURFALIAN / AFP

« Pour les rebelles, la guerre n’est pas finie »

« Combattants ou non, ce sont surtout les jeunes hommes qui craignent les représailles, décrypte Jean-François Corty, directeur des opérations internationales au sein de l’ONG Médecins du monde. Ils n’ont pas envie de se retrouver, à la sortie d’Alep, aux mains des forces progouvernementales. Pour eux, la guerre n’est pas finie… »

Le risque d’exactions non plus. Mardi, Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères, a expliqué avoir reçu de « nombreuses allégations » faisant état « d’exécutions sommaires », « de personnes brûlées vives dans leurs maisons » et « d’un ciblage systématique des hôpitaux » en marge des combats dans les deux derniers quartiers tenus par les rebelles.

« Si les checkpoints [du corridor d’évacuation] ne sont gardés que par des forces fidèles à Bachar al-Assad, le risque d’exactions reste élevé », confirme Jean-François Corty. C’est la raison pour laquelle le CICR a également posé ses conditions avant d’engager ses 55 permanents dans la manœuvre. « Elles sont simples, détaille Krista Armstrong. Nous voulons que les civils qui souhaitent rester sur place le puissent, que la sécurité de tous soit garantie et que des abris soient mis en place pour accueillir les civils. »

Les raids aériens de l’armée syrienne ont repris

Sur ce dernier point, la Turquie a d’ores et déjà promis l’installation d’un campement de 80 000 places pour accueillir les derniers habitants d’Alep-est dont les habitations ont été transformées en un tas de gravats. Le problème touche surtout les rebelles qui ne veulent pas baisser les armes. Comme Ismaël, un secouriste des Casques blancs, interrogé par l’émission Quotidien, qui confiait, mardi soir, qu’il préférait « se battre » plutôt que de finir « exécuté ».

Car, toute jonchée de corps et de cendres qu’elle soit, Alep reste encore aujourd’hui autant un symbole pour les rebelles qu’un enjeu crucial pour Bachar al-Assad. En reprenant définitivement cette ville, il assiérait un peu plus son assise sur ce pays que la communauté internationale est bien en peine de sauver. La Russie, son plus fidèle allié, a fait savoir ce matin, par la voix de son chef de la diplomatie, que « la situation serait réglée dans les deux ou trois jours ».

Alep, le 8 décembre 2016, après que les forces du régime ont repris une partie des quartiers rebelles
Alep, le 8 décembre 2016, après que les forces du régime ont repris une partie des quartiers rebelles - GEORGE OURFALIAN / AFP