Secrétaire d'Etat: La confirmation de «l'ami» de la Russie Rex Tillerson tout sauf acquise

MONDE Il suffit d'une défection de trois sénateurs républicains pour bloquer la route au patron d'ExxonMobil...

Philippe Berry
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Le patron d'ExxonMobil, Rex Tillerson, et Vladimir Poutine, en 2011.
Le patron d'ExxonMobil, Rex Tillerson, et Vladimir Poutine, en 2011. — Alexei Druzhinin/AP/SIPA

Voici donc le premier véritable test pour le président élu Trump. Alors qu’il a choisi le patron d’ExxonMobil Rex Tillerson pour diriger la diplomatie américaine au poste de secrétaire d’Etat, Donald Trump va devoir convaincre une majorité de sénateurs de confirmer son candidat. Et ce n’est pas tant son manque d’expérience du monde politique ou ses conflits d’intérêts qui inquiètent – le vice-président Dick Cheney venait également de l’industrie énergétique – que ses liens avec Moscou et Vladimir Poutine : en 2013, après plus de 20 ans passés à négocier des contrats pétroliers, Tillerson a reçu la décoration russe de l’ordre de l’Amitié, la plus haute distinction réservée aux étrangers. Surtout, il s’est exprimé par le passé contre contre les sanctions imposées par les Occidentaux pour punir les agissements de la Russie en Ukraine. Alors que la CIA accuse Moscou d’avoir tenté d’influencer l’élection américaine en faveur de Trump et qu’une enquête a été ouverte au Congrès, Rex Tillerson va devoir rassurer tout le monde.

Une courte majorité de 52 sénateurs sur 100

La confirmation d’un secrétaire d’Etat se fait en deux étapes. Il doit d’abord expliquer ses positions à une commission de 19 sénateurs (10 républicains et 9 démocrates). S’il convainc une majorité, un vote se tient ensuite devant le Sénat au complet. Et avec une courte majorité de 52 sénateurs sur 100, les républicains ont une marge de manœuvre limitée : si les démocrates se mobilisaient tous contre Tillerson – ce qui est loin d’être garanti – il suffirait d’une défection de trois républicains pour faire barrage au candidat de Trump. C’est extrêmement rare : le dernier camouflet remonte à 1989 et au secrétaire à la Défense de George H. Bush.

McCain, Rubio et Graham ont exprimé des réserves

Pendant la campagne, Donald Trump s’est fait de nombreux ennemis dans son propre camp. Il avait notamment remis en cause le statut de héros de guerre de John McCain. Ce dernier a riposté ces derniers jours, déclarant : « Vladimir Poutine est un voyou et un assassin, je ne vois pas comment on peut être l’ami d’un ancien agent du KGB ». Marco Rubio et Lindsey Graham, adversaire de Trump durant la primaire, ont fait part de leurs « réserves » et de leurs « inquiétudes » sur les liens de Tillerson avec la Russie. La voix de Rubio sera cruciale alors qu’il fait partie de la commission des affaires étrangères du Sénat. Son entourage affirme toutefois à Politico qu’il ne votera pas forcément contre le poulain de Trump – il a simplement « beaucoup de questions » à lui poser. Son grand oral promet.