VIDEO. Pourquoi les propos de Donald Trump concernant Taiwan inquiètent la Chine

CHINE Avant même de s'installer à la Maison Blanche, le président élu rompt avec quarante ans de politique américaine...

M.C.

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Le président élu des Etats-Unis Donald Trump, le 6 décembre 2016.
Le président élu des Etats-Unis Donald Trump, le 6 décembre 2016. — SIPA

Donald Trump continue à souffler le chaud et le froid sur sa future politique internationale. Après deux accrochages à distance avec Pékin début décembre, puis le choix la semaine dernière d’un « vieil ami » de la Chine comme ambassadeur dans le pays, le président élu des Etats-Unis a menacé dimanche de ne plus reconnaître le principe de la « Chine unique ».

La Chine s’est dite « gravement préoccupée » lundi par ces déclarations, qui reviennent sur des engagements pris depuis près de quatre décennies par les Etats-Unis vis-à-vis de Pékin. Explications.

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Qu’est-ce que la Chine unique ?

L’île de Taïwan est de facto séparée politiquement de la Chine depuis 1949 et la fin de la guerre civile qui a vu les troupes nationalistes se réfugier sur l’île. Mais Pékin considère toujours Taïwan comme l’une de ses provinces. Ce principe d’une « Chine unique » a été gravé dans le marbre de la diplomatie sino-américaine par la rencontre entre Richard Nixon et Mao Zedong en 1972. En acceptant de parler par téléphone avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen le 2 décembre, le président élu a rompu avec l’engagement pris par Washington de ne pas entretenir de relations officielles avec les autorités de l’île.

La visite de Nixon en Chine en 1972

Pourquoi cette rupture de la ligne diplomatique ?

« Je ne veux pas que la Chine me dicte ce que je dois faire », a déclaré Donald Trump sur la chaîne Fox. Le milliardaire a expliqué qu’il aurait été insultant de pas répondre à l’appel de Tsai Ing-wen, qui voulait le féliciter pour sa victoire : « Cela a été un appel très agréable et court. Au nom de quoi une autre nation pourrait-elle dire que je ne peux pas prendre un appel ? ». Au passage, il a affirmé avoir été informé de cet appel seulement quelques heures auparavant, et non des semaines voire des mois à l’avance, comme l’a notamment affirmé le Washington Post.

La menace comme base de négociations

« Je ne sais pas pourquoi nous devons être liés à une politique d’une Chine unique, à moins que nous passions un accord avec la Chine pour obtenir d’autres choses, y compris sur le commerce », a encore déclaré Donald Trump. Le président élu n’est pas le premier républicain à remettre en cause la « Chine unique », mais sa volonté de l’utiliser comme base de négociations est nouvelle.

« Le message de Trump à la Chine est : « Vous n’allez pas nous mener à la baguette en nous dictant vos conditions, c’est nous qui allons vous dicter nos conditions » », résume l’expert en relations internationales Nick Bisley dans le Guardian. « Il montre aussi, volontairement ou non, qu’il n’y a pas de « vaches sacrées » dans la politique étrangère américaine, que ce soit en Asie ou ailleurs ». Une nouveauté qui court le risque d’irriter Pékin, estiment des experts de l’Asie dans le New York Times.

Un journal chinois a d’ailleurs mis en garde lundi Donald Trump, l’accusant d’être « aussi ignorant en diplomatie qu’un enfant ». Si le prochain président américain soutient ouvertement l’indépendance de Taïwan, Pékin pourrait alors soutenir « des forces hostiles aux Etats-Unis », menace l’auteur de l’article paru dans le quotidien nationaliste Global Times.

Si Washington devait revenir sur cet engagement, « il ne saurait plus être question de croissance saine et régulière des relations sino-américaines ni de la coopération bilatérale dans d’importants domaines », a aussi averti lundi lors d’un point de presse le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang.

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Quelles sont les revendications de Donald Trump ?

Outre les questions commerciales, le républicain a une nouvelle fois accusé la Chine de ne pas coopérer avec les Etats-Unis en matière de taux de change. « Nous sommes durement touchés par la dévaluation » de la monnaie chinoise, a soutenu le magnat de l’immobilier, qui soutient que cette politique monétaire permet de doper les exportations chinoises. Selon lui, l’Empire du Milieu « taxe » les produits américains « aux frontières, alors que nous ne taxons pas les leurs ».

Le futur hôte de la Maison Blanche a également attaqué la politique de défense de la Chine, qui « construit une énorme forteresse en mer de Chine méridionale ». Concernant la menace présentée par les armes nucléaires de la Corée du Nord, le président élu a enfin fait valoir que la Chine, le principal allié de Pyongyang, « pourrait résoudre ce problème ». Mais « ils (les Chinois) ne font rien pour nous aider », a-t-il lancé.

La diplomatie du « punch » et du « hug », variation du bâton et de la carotte

Bien que particulièrement cinglant avec la Chine depuis des mois, Donald Trump a nommé cette semaine le futur ambassadeur dans le pays, Terry Branstad, un gouverneur de 70 ans qui cultive des liens avec le président Xi Jinping depuis 1985. La diplomatie chinoise a salué cette nomination, qualifiant Branstad de « vieil ami », et espérant qu’il contribuerait « au développement des relations bilatérales ». « Parfois il brusque Pékin (« punch ») et d’autres fois il semble tendre les bras pour lui faire un câlin (« hug ») », schématise le directeur du centre des relations Etats-Unis - Chine de l’Asia Society de New York, Orville Schell, pour expliquer les déclarations parfois contradictoires du président élu. « Et cette fois, nous avons un nouvel uppercut ».