Ultime traque des nazis en Amérique du sud

De notre correspondante à Buenos Aires, Charlotte Peuvrier

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The director of the Simon Wiesenthal Center, Dr. Efraim Zuroff from Israel, gestures during a press conference to present the "Last Chance" operation aimed at pursuing and put to trial still hidden nazis in Latin America, at the AMIA building in Buenos Aires on November 27th 2007. AFP PHOTO/Juan MABROMATA
The director of the Simon Wiesenthal Center, Dr. Efraim Zuroff from Israel, gestures during a press conference to present the "Last Chance" operation aimed at pursuing and put to trial still hidden nazis in Latin America, at the AMIA building in Buenos Aires on November 27th 2007. AFP PHOTO/Juan MABROMATA — Juan Mabromata AFP

L’opération «Dernière chance» n’était pas encore officiellement lancée – seuls quelques journaux argentins s’étaient fait l’écho de la nouvelle – que déjà le Centre Simon Wiesenthal recevait des informations crédibles concernant un criminel de guerre. Un suspect a été localisé dans la province de Buenos Aires. Ce programme destiné à retrouver les nazis qui vivent en Argentine, au Brésil, en Uruguay et au Chili, a été présenté mardi, au cours d’une conférence de presse à Buenos Aires.

Le principe de l’opération est simple: comme le temps presse, la pluplart des anciens responsables et tortionnaires nazis étant aujourd’hui âgés de plus de 85 ans, le Centre Wiesenthal offre une récompense de 10.000 dollars à toute personne apportant des renseignements exploitables. «Mais attention, pour recevoir l’argent, il faut que le criminel soit localisé, jugé et condamné», précise Sergio Widder, directeur du bureau argentin du Centre.

Dénoncés par leur propre famille

Un numéro de téléphone et une adresse mail ont été mis à la disposition du public. «Les informateurs peuvent être des voisins, des connaissances, des gens qui ont croisé un nazi par hasard…, explique Efraim Zuroff, responsable de l’opération “Dernière chance”. En Allemagne, il est même arrivé que ce soient les membres de la famille du criminel qui le dénoncent. Et ça, je crois que du point de vue moral, c’est la pire punition que puisse recevoir un nazi», poursuit le directeur de l’antenne israélienne du Centre qui avoue que depuis qu’il a commencé à traquer les nazis il y a plus de 25 ans, il n’a jamais entendu aucun d’entre eux demander pardon.

Pas question dans ces conditions d’avoir pitié de ces criminels même s’ils sont aujourd’hui très âgés. «Il ne s’agit évidemment pas de juger des gens qui ne seraient pas en mesure d’affronter un procès. Mais de nos jours, on vit bien plus vieux et bien mieux qu’avant. Et quand on n’a pas de conscience, on vit encore plus longtemps! Nous devons cela aux victimes.»

Retrouver Aribert Heim

S’il est difficile de savoir combien de nazis se cachent toujours en Amérique du sud, les responsables du Centre Wiesenthal espèrent faire au moins aussi bien que lors de la phase européenne de l’opération «Dernière chance». Lancée en juillet 2002 en Lituanie, en Estonie et en Lettonie, avant d’être élargie à d’autres pays, elle avait permis de retrouver la trace de 488 suspects. Trois mandats d’arrêts et deux demandes d’extradition ont été émis tandis que des dizaines d’enquêtes sont en cours.

Mais celui que les responsables du Centre aimeraient vraiment retrouver, c’est le docteur Aribert Heim, qui serait en Argentine ou Chili. Il est accusé du meurtre de centaines de prisonniers sur lesquels il a pratiqué des expériences médicales dans le camp de concentration de Mathausen. Le «docteur la mort» figure même en deuxième position, derrière Alois Brunner, dans la liste des criminels les plus recherchés par le Centre Wiesenthal. «Si on arrive à n’arrêter que Heim grâce à cette opération “Dernière chance”, ça aura valu la peine de faire tant d’efforts», admet Efraim Zuroff.