Italie: Comment interpréter le non au référendum voulu par Renzi?

POLITIQUE Matteo Renzi a démissionné la nuit dernière, après le non massif au référendum sur la réforme constitutionnelle qu'il portait...

Oihana Gabriel

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Le chef du gouvernement Matteo Renzi a démissionné dimanche 4 décembre 2016, après le rejet massif au référendum sur la réforme constitutionnelle.
Le chef du gouvernement Matteo Renzi a démissionné dimanche 4 décembre 2016, après le rejet massif au référendum sur la réforme constitutionnelle. — SIPA

Pour eux, c’est non. Les Italiens ont rejeté dimanche à presque 60 %, par référendum, la réforme constitutionnelle portée par Matteo Renzi. Conséquence immédiate :le président du Conseil a démissionné dans la foulée la nuit dernière. Comment expliquer ce rejet massif ? Quatre causes semblent se conjuguer.

  • Un refus de la concentration des pouvoirs

Rappelons d’abord quel était l’objet du référendum : les Italiens étaient appelés à voter pour ou contre une réforme constitutionnelle. Elle prévoyait de donner plus de stabilité au système politique de ce pays jugé souvent ingouvernable en réduisant les pouvoirs du Sénat, qui ne pourrait plus renverser le gouvernement. Un système proche de notre bicamérisme français. Mais les Italiens n’en ont donc pas voulu.

« Ce non peut être expliqué par la crainte d’une confiscation du pouvoir, analyse Marie-Anne Matard-Bonucci, professeur d’histoire à l’Université de Paris VIII. Je ne crois pas que Renzi soit un Berlusconi en puissance, mais les Italiens sont très attachés à cette constitution, symbole de la renaissance de la République après le fascisme. Ce qui explique qu’une partie de la gauche ait voté non : par peur de déconstruire un système pas merveilleux, mais empêchant le retour de la dictature. »

Ce n’est pas la première fois qu’un chef de gouvernement se casse les dents en voulant réformer le Sénat. « En 2006, Berlusconi avait également organisé un référendum sur l’affaiblissement du Sénat et ça a fini pareil et dans les mêmes proportions, rappelle Camille Bedock, chercheuse à l’Université libre de Bruxelles et spécialiste de l’Italie. Il faut donc se méfier des interprétations qui y lisent la victoire des populismes. On a vu émerger un front hétéroclite contre cette réforme. La gauche voulait défendre cette constitution héritée de la guerre, la Ligue du Nord était anti-euro et beaucoup voulaient imposer un camouflet à Renzi. »

  • Un rejet de Matteo Renzi

« Matteo Renzi a commis une erreur en personnalisant considérablement ce référendum », explique Marie-Anne Matard-Bonucci. Matteo Renzi, 41 ans, était arrivé au pouvoir en février 2014 sur un programme de réformes tous azimuts et de mise à la casse de la vieille classe politique de son pays.

« Depuis le début, sa personnalité inspire une certaine méfiance, reprend l’historienne. Il a organisé un petit coup de force au sein de son propre parti et fait preuve d’une autorité qui semble excessive aux yeux de certains. » Le chef du gouvernement se serait-il brûlé les ailes ?

« Cette réforme avait déjà été adoptée par les chambres, il n’était donc pas obligé de passer par un référendum, ajoute l’historienne. Mais il a profité de cette réforme pour faire approuver sa personnalité et sa politique. Or on sait que cette tactique est risquée. Charles de Gaulle en France en avait fait les frais. » Et plus récemment, David Cameron, en Grande-Bretagne, a quitté ses fonctions avec le référendum en juin dernier sur le Brexit.

  • Une critique de la politique économique

Les indicateurs économiques semblent meilleurs qu’en 2014 : l’Italie a renoué avec la croissance depuis 2015. « Mais la réforme du travail a créé de la précarité et les Italiens en ont retiré un sentiment de fragilisation, souligne l’historienne. Au niveau social, il n’y a aucune amélioration tangible. Si ce gouvernement a redonné une certaine tenue à la politique italienne, dont l’image avait été assez dégradée par Silvio Berlusconi, la situation sociale reste très difficile. »

En effet, ce scrutin reflète l’inquiétude et l’impatience des Italiens, peu convaincus par les réformes de Renzi. « Pour beaucoup d’Italiens, le chômage, autour de 10 %, reste très élevé, les fractures régionales et la corruption sont encore importantes, ajoute Camille Bedock. Il ne s’est pas attaqué aux grands problèmes du pays et a perdu beaucoup d’énergie pour défendre cette réforme constitutionnelle. »

  • Un appel à une autre Europe

Beaucoup d’observateurs analysent enfin ce non en Italie comme un rejet de l’Europe. Pour Arnaud Montebourg, candidat socialiste à l’élection présidentielle en France de 2017, c’est « une rébellion contre ces politiques d’austérité qui sont décidées à Bruxelles ». Pourtant, « même s’il existe des forces anti-Europe en Italie aujourd’hui, ce serait réducteur d’y voir un rejet de l’Europe », rectifie la chercheuse Camille Bedock.

Marie-Anne Matard-Bonucci préfère nuancer. « C’est beaucoup plus un référendum sur des enjeux de politique intérieure. On peut y voir le rejet de la politique économique imposée par Bruxelles, mais pas de l’Europe. L’Italie fait partie des pays fondateurs, reste europhile et a bénéficié de beaucoup d’aides de Bruxelles. Ces mécontents demandent une autre Europe. »

Est-ce dans ce cas une preuve de plus, après le Brexit, que les politiques installés ne convainquent plus ? « C’est un signal d’une défiance vis-à-vis d’une classe politique qui s’aligne sur les mêmes politiques sociales et économiques de réduction de la dette, diminution du périmètre de l’Etat et de baisse des aides sociales. »