Autriche: Qui est Alexander Van der Bellen, vainqueur de l'élection présidentielle?

PORTRAIT Le FPÖ, parti d'extrême droite a reconnu sa défaite face à l'écologiste avant même que les résultats officiels soient connus lundi...

20 Minutes avec AFP

— 

Alexander Van der Bellen, l'écologiste a remporté l'élection présidentielle en Autriche dimanche 4 décembre 2016.
Alexander Van der Bellen, l'écologiste a remporté l'élection présidentielle en Autriche dimanche 4 décembre 2016. — AFP

Le camp du candidat du parti d’extrême droite (FPÖ) Nobert Hofer a reconnu sa défaite dimanche soir, battu par Alexander Van der Bellen au second tour. Qui est donc le prochain Président de l’Autriche ?

Victoire d’une « Autriche pro-européenne ».

Pour ses premiers mots de vainqueur, l’écologiste s’est réjoui de la victoire d’une « Autriche pro-européenne ».

« Depuis le début, je me suis battu et j’ai plaidé pour une Autriche pro-européenne », a déclaré à la télévision publique l’ancien patron des Verts autrichiens, âgé de 72 ans, qui veut aussi défendre les « valeurs d’égalité, de liberté, de solidarité ».

Son sérieux de professeur d’économie pour rassurer à droite, son parcours chez les écologistes pour convaincre à gauche : Alexander Van der Bellen, donné gagnant de la présidentielle en Autriche dimanche, a cultivé un profil de rassembleur pour faire rempart à l’extrême droite.

Européen convaincu

Cet Européen convaincu, pragmatique et libéral, n’avait eu d’autre choix que de mener une campagne au centre pour fédérer, dans cette élection où il s’est présenté avec une étiquette d’indépendant, après onze années à la tête des Verts.

Personnalité austère et pince-sans-rire

Ce septuagénaire à l’éternelle barbe de trois jours est donc reparti en campagne, avec les T-shirts colorés à son effigie et les concerts de ses comités de soutien, qui ont souvent paru en décalage avec sa personnalité austère, voire intimidante.

Face à son rival, formé aux techniques de communication, les secondes de silence d’Alexander Van der Bellen aux questions des débats télévisés ont cependant souvent semblé une éternité.

Mais cet économiste, ancien professeur d’université, adepte d’un humour pince-sans-rire, sait aussi se montrer mordant : « Vous ne comprenez rien à l’économie » ou « Je vous parle d’Europe : E-U-R-O-P-E, vous en avez déjà entendu parler ? », a-t-il lancé à M. Hofer comme pour faire sortir de son flegme un adversaire qui cultivait sang-froid et affabilité.

Les Verts autrichiens, le parti qu’il a dirigé jusqu’en 2008, ont également découvert de nouveaux accents à leur ancien patron, désormais défenseur de la « tolérance zéro » en matière de sécurité, d’une restriction de l’asile pour les « migrants économiques » et acteur de clips électoraux sur fond de drapeau autrichien et d’ode au terroir.

« Vous avez l’élite, j’ai le peuple »

En dépit de l’absence de consigne de vote officielle en sa faveur des partis social-démocrate (SPÖ) et conservateur (ÖVP), Alexander Van der Bellen a emmagasiné les soutiens individuels d’une grande partie du monde politique, artistique, intellectuel, de gauche mais aussi de droite. Un argument que lui a retourné Nobert Hofer :

« Vous avez l’élite, j’ai le peuple », l’avait interpellé le candidat FPÖ lors d’un débat. Le FPÖ avait présenté Alexander Van der Bellen comme un « gauchiste en habits bourgeois », lui reprochant des accointances « communistes ».

Un « enfant de réfugiés »

Durant son passage à la tête des Verts autrichiens, le parti est devenu la quatrième force politique du pays, derrière le FPÖ. Alexander Van der Bellen, qui avait débuté en politique dans les années 80, s’engageant d’abord aux côtés des sociaux-démocrates, s’était mis ces dernières années en retrait de la scène politique.

Mais pour beaucoup d’électeurs, ce modéré était resté trop radical, notamment dans les campagnes conservatrices « où les Verts ont encore la réputation de trafiquants de cannabis », selon le magazine de gauche Profil. Le candidat écolo ne fume, lui, que des cigarettes, mais beaucoup.

« Sascha » au Tyrol

Il se décrit lui-même comme « enfant de réfugiés », rejeton d’un aristocrate russe et d’une mère estonienne ayant fui le stalinisme. Il est né à Vienne, et sa famille a trouvé refuge dans le vert Tyrol, aux confins de l’Autriche et de l’Italie, lorsque l’Armée rouge est entrée dans la capitale autrichienne, en 1945. Dans cette province frontalière, très traditionnelle, il est tout simplement « Sascha », diminutif russe d’Alexander.