Les tweets WTF de Donald Trump sont-ils une grande diversion?

ETATS-UNIS Il communique davantage comme un troll qu'un futur président...

Philippe Berry

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Un smartphone à l'effigie de Donald Trump.
Un smartphone à l'effigie de Donald Trump. — J.LOCHER/AP/SIPA

Sur Twitter, il a évoqué la déchéance de nationalité pour ceux qui brûlent le drapeau américain. Attaqué CNN, le New York Times et ceux qui manifestent contre lui. Dénoncé, sans aucune preuve, des fraudes massives lors du scrutin. Et tout ça, dans les trois semaines qui ont suivi son élection. Alors qu’il avait promis d’être « davantage présidentiel », Donald Trump reste pour l’instant, au moins sur Internet, fidèle à lui-même : imprévisible, incontrôlable et sans aucun filtre. A tel point que certains observateurs le soupçonnent d’utiliser cet écran de fumée pour détourner l’attention de de ses nominations controversées.

« Il sait très bien ce qu’il fait »

« Je pense, ou au moins j’espère, qu’il va se calmer un peu sur Twitter une fois qu’il sera officiellement président », réagit Phillip Ardoin, professeur de sciences politiques à l’université d’Appalachian State, en Caroline du nord. Mais « certains de mes collègues estiment toutefois que ses tweets sont stratégiques. Pendant que les médias tombent dans le panneau et débattent de ses messages sans valeur sur le drapeau, il tente de nommer un climatosceptique à l’Energie et un adepte des théories du complot comme conseiller à la Sécurité nationale ».

Les chiffres de Google Trends semblent lui donner raison. Ci-dessous, on voit que la polémique sur le drapeau a écrasé médiatiquement l’actualité autour d’Harold Hamm (qui a finalement refusé l’Energie, selon Fox News) et du général Michael Flynn (qui relaie régulièrement des fantasmes sur l’instauration de la Charia en Floride ou au Texas).

Ardoin et ses collègues ne sont pas les seuls à avancer cette théorie. David Axelrod, l’ancien conseiller de Barack Obama, estime sur Twitter que Donald Trump, le roi de la téléréalité, « sait très bien ce qu’il fait ». Ces bulles médiatiques, souvent éphémères, c’est autant de temps que les journaux ne passent pas à discuter des nominations du sulfureux Steve Bannon comme conseiller ou du banquier Steven Mnuchin, qui s’est enrichi lors de la crise des subprimes, au Trésor.

L’anti-Obama

Axelrod est également perplexe face au décès de l’ancien leader cubain annoncé par Donald Trump par un tweet « Fidel Castro est mort ! ».

« Soit c’est un flash actu, soit c’est un exemple du type de déclaration mûrement réfléchie que nous sommes en droit d’attendre de notre prochain président », attaque l’expert moustachu.

Pour l’instant, Trump fait imploser la communication présidentielle traditionnelle. Il commence par un tweet exclamatif, enchaîne par un communiqué musclé (« Castro était dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple ») et revient sur Twitter deux jours plus tard pour menacer de mettre fin au rapprochement avec Cuba. Le changement, face à l’extrême prudence d’un Barack Obama qui pèse chaque mot, est drastique, d’autant plus que Trump n’a pour l’instant tenu aucune conférence de presse. Continuera-t-il une fois président ? Réponse après le 20 janvier.