Alep-est assiégé: «Cette vie-là, c'est pas humain, ça ne peut pas l'être»

SYRIE Depuis le 24 novembre, début de l’intensification de l’offensive militaire des forces de Bachar al-Assad à Alep, des milliers de civils ont tenté, au péril de leur vie, de quitter leur domicile pour se réfugier dans la partie ouest de la ville…

Helene Sergent

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Dix personnes, dont sept enfants, ont été tués ce dimanche à Alep
Dix personnes, dont sept enfants, ont été tués ce dimanche à Alep — KARAM AL-MASRI / AFP

Sur la chaussée mouillée du quartier de Jub Al-Kubbah, dans la partie est de la ville d’Alep en Syrie, des dizaines de bâches orange jonchent le sol. Ce mercredi 30 novembre, 45 personnes dont des enfants, auraient été tuées par des bombardements alors qu’ils tentaient de rejoindre la partie ouest de la ville. Ces derniers jours, près de 31.500 autres personnes auraient quitté les zones rebelles assaillies sans relâche par les forces de Bachar al-Assad et pilonnées par l’aviation russe selon les Nations Unies.

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Aucun hôpital fonctionnel

Pour les 200.000 à 250.000 civils coincés dans la ville assiégée, la situation est devenue « inhumaine », souligne Monther, un jeune activiste syrien de 28 ans contacté grâce à l’application de messagerie en ligne Whatsapp : « Je ne sors que pour trouver de quoi manger. Mercredi et jeudi, les bombardements étaient très intenses, quand c’est le cas je ne sors pas. J’ai un petit garçon de 4 mois mais nous ne pouvons pas quitter la ville. Si je tente de partir, le gouvernement me tuera. Cette vie-là, c’est pas humain. Ça ne peut pas l’être. »

Aucune distribution de nourriture n’aurait eu lieu depuis quinze jours, ajoute Jean-François Corty, des Opérations Internationales au sein de l’ONG Médecins du Monde : « La situation est dramatique. Plus aucun hôpital n’est fonctionnel, il reste quelques centres médicaux informels mais ils sont systématiquement pris pour cible. Il n’y a pas eu d’approvisionnement en médicaments depuis début septembre », ajoute l’humanitaire. Une version confirmée par Monther : « Un des principaux entrepôts de médicaments a été pillé par les forces pro-gouvernementales lorsqu’elles avançaient vers le quartier d’Alsakhour. »

A ces conditions humanitaires désastreuses s’ajoutent désormais des conditions climatiques difficiles, un nourrisson serait mort de froid dans la nuit de jeudi à vendredi.

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Vers une session extraordinaire d’urgence à l’ONU

Dans ce contexte, 223 organisations non gouvernementales, dont Médecins du Monde ont sommé les membres du Conseil de sécurité de l’ONU de tenir, dans les prochains jours, une session extraordinaire d’urgence pour rétablir des corridors humanitaires et cesser les attaques à l’encontre de civils. « Aujourd’hui, cela semble normal de tuer des civils et des soignants. Cette norme, il faut la combattre. Le droit international et humanitaire doit revenir au centre de la diplomatie », assène Jean-François Corty.

Dans un communiqué publié ce jeudi 1er décembre, l’ONG Human Right Watch, a fait état de « crimes de guerre au cours d’une campagne de frappes aériennes menée en septembre et en octobre ». Selon l’organisation, qui a analysé des centaines d’images satellites, 950 sites auraient été visés par l’artillerie sur cette période. Balayée par la pluie, la majorité des quartiers de la ville assiégée aurait été relativement épargnée ce jeudi ont fait savoir les activistes, médecins et journalistes syriens membres du groupe Whatsapp auquel 20 Minutes a accès. Un répit de courte durée. Ce vendredi matin, Monther nous a écrit : « Le soleil est de retour. L’aviation aussi. Je déteste le soleil. »