Italie: Stabilité, conséquences d'un «non»... Les enjeux du référendum de dimanche

VOTE Un référendum sur une réforme constitutionnelle, appuyée par le président du Conseil Matteo Renzi, se tient dimanche en Italie…

Anne-Laëtitia Béraud

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Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, le 28 novembre 2016 à Rome
Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, le 28 novembre 2016 à Rome — Pierpaolo Scavuzzo / AGF/SIPA

Dimanche, ce sera jour de référendum dans la Botte. Les Italiens se prononcent sur une vaste réforme constitutionnelle portée par Matteo Renzi, le président du Conseil. Celle-ci vise à donner une plus grande stabilité politique au pays marqué par la valse des gouvernements. A trois jours du scrutin, la victoire du « non » semblerait crédible. Avec quelles conséquences ? 20 Minutes répond aux principales questions qui se posent sur cette consultation.

Quel est le but de la réforme ?

La réforme constitutionnelle est censée simplifier et donner plus de stabilité au système politique de ce pays qui a connu plus de 60 gouvernements depuis 1946. Mettant fin à l’égalité entre les deux chambres, elle réduit les pouvoirs du Sénat au profit des députés, et l’empêche de renverser le gouvernement. Elle abaisse aussi le nombre de sénateurs qui seront élus non plus au suffrage direct, mais par les exécutifs régionaux qui gagneront en indépendance.

Pourquoi le « non » aurait des chances de remporter dimanche ?

Le nombre d’indécis est important, de 12 % à 25 %, selon les sources. Et comme le souligne Camille Bedock, chargée de recherches FNRS à l’Université libre de Bruxelles, « l’enjeu de ce référendum est à la fois institutionnel, et à la fois celui d’un plébiscite pour ou contre un Renzi qui a perdu de sa popularité ». « Le charme de Renzi n’agit plus à cause de la persistante stagnation économique », estime Frédéric Attal, professeur en histoire contemporaine à l’université de Valenciennes Hainaut-Cambrésis. « La croissance demeure sous 1 % en rythme annuel, le chiffre du chômage continue d’être au-dessus de la barre des 11 % et les jeunes sans emploi sont encore très nombreux. Or ce sont eux et les diplômés par ailleurs qui votent majoritairement pour le “non” », précise l’historien.

Une affiche pour le
Une affiche pour le - FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Que se passerait-il en cas de rejet de la réforme constitutionnelle ?

Ce rejet pourrait conduire à la démission du gouvernement Renzi et à des législatives anticipées que le parti M5S de l’humoriste Beppe Grillo pourrait remporter. Mais une autre possibilité est envisagée par les deux spécialistes : « Après la chute du gouvernement Renzi, il est plus probable qu’un gouvernement technique soit mis en place en attendant les élections législatives de février 2018 », juge Camille Bedock. « Ce gouvernement, sur le modèle de celui de Mario Monti (2011-2013), réglerait la question de la loi électorale et gérerait les affaires courantes pendant un an et demi. L’hypothèse d’un gouvernement “Renzi-bis” dirigé par Renzi lui-même ou un autre membre du Parti démocrate est également évoquée, tout comme celle des élections anticipées », ajoute la chercheuse.

Le rejet de la réforme pourrait-il être perçu comme la suite du « Brexit » en Grande-Bretagne ?

« Non, ce serait une erreur de le penser. Le débat est ici très italien, et est évoqué depuis 25-30 ans. L’échec du référendum sera peut-être lu dimanche comme une suite du Brexit, mais on se tromperait », souligne la chercheuse Camille Bedock. Mais, comme l’ajoute le professeur Frédéric Attal, « le futur résultat des élections, si elles ont lieu, et si la victoire du M5S se concrétise sera dans la continuité de la montée des populismes en Europe. »

La victoire du « non » au référendum serait-elle apocalyptique pour l’Italie ?

Nombre de médias italiens et internationaux prédisent de graves conséquences au rejet de la réforme constitutionnelle italienne. Le Financial Times a évoqué des faillites bancaires italiennes et que l’Europe risquerait « de se désintégrer à court terme » en cas d’échec du référendum. « Les prévisions apocalyptiques comme la fin de l’euro ou la chute des banques me semblent exagérées », relativise Camille Bedock. « Tout dépend de ce que feront réellement Renzi et le président Matterella », nuance le professeur d’histoire contemporaine Frédéric Attal. « Celui-ci peut parfaitement conduire le gouvernement Renzi, ou constituer un gouvernement de techniciens qui rassureront les marchés. Le pire n’est pas forcément le plus sûr, mais toute instabilité politique nourrit l’inquiétude et la banque Monte dei Paschi di Siena est fragile en effet. »

Le chef de file du Mouvement Cinq Etoiles (M5S) Beppe Grillo à Florence, le 28 novembre 2016 à Florence (Italie)
Le chef de file du Mouvement Cinq Etoiles (M5S) Beppe Grillo à Florence, le 28 novembre 2016 à Florence (Italie) - IPA PRESS/SIPA

Quel est aujourd’hui le poids du Mouvement 5 étoiles, né en 2007 ?

La campagne a été très dure, voire ordurière entre le chef de file du M5S Beppe Grillo et le chef du gouvernement Matteo Renzi. Et alors que le Mouvement Cinq étoiles dirige aujourd’hui une trentaine de villes, une victoire du « non » au référendum serait pour eux un pas de plus vers le pouvoir. Selon plusieurs sondages, il serait gagnant au second tour face au Parti démocrate de Matteo Renzi en cas d’élections. « En revanche, je doute beaucoup des capacités de gouvernement du M5S », souligne le professeur Frédéric Attal, qui ajoute : « Les députés grillini [de Beppe Grillo] étant incontrôlables, je pense que l’instabilité italienne a encore de beaux jours devant elle… ».

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L’échec du référendum signerait-il la fin de la carrière de Matteo Renzi ?

Le chef du gouvernement Matteo Renzi a affirmé qu’il démissionnerait en cas d’échec. Mais celle-ci ne signifierait pas la fin de la carrière politique du président du Conseil, relève le professeur Frédéric Attal. « Je ne crois pas à une fin définitive de la carrière politique de Renzi, d’autant qu’il partirait plus sur un semi-échec que sur une humiliation. » « Si effectivement il n’y a pas d’élections anticipées, les prochaines élections législatives se tiennent en février 2018, dans un an et demi. On peut imaginer que Matteo Renzi se représenterait à cette date », estime la chercheuse Camille Bedock.