Les conflits d'intérêts de Donald Trump, une histoire de famille

ETATS-UNIS Le président élu a promis de prendre ses distances avec son empire, mais selon les experts, il est très loin du compte...

Philippe Berry

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Donald Trump en compagnie de sa femme, Melania, et ses enfants Eric, Tiffany et Ivanka, le 26 octobre 2016 à Washington.
Donald Trump en compagnie de sa femme, Melania, et ses enfants Eric, Tiffany et Ivanka, le 26 octobre 2016 à Washington. — M.B.Ceneta/AP/SIPA

Il l’a juré sur Twitter, il va « abandonner en totalité » la gestion de ses entreprises. Mais s’il espère mettre fin à la polémique sur ses conflits d’intérêts, Donald Trump est loin d’avoir convaincu les experts en éthique avec ses déclarations vagues.

Donald Trump a indiqué qu’il annoncerait le 15 décembre les détails permettant de « se retirer complètement des opérations » de son empire lors d’une conférence en compagnie de ses enfants. Pendant la campagne, il avait évoqué l’idée de leur passer la main. Sauf que sa fille, Ivanka, et son fils aîné, Donald Jr, ainsi que son gendre, Jared Kushner, font partie de son équipe de transition et pourraient rejoindre son gouvernement comme conseillers. On les a notamment vus discuter avec le Premier ministre japonais et Ivanka Trump a parlé au président argentin par téléphone. A Buenos Aires, un influent journaliste a affirmé que Donald Trump a demandé à son homologue d’autoriser la construction d’un immeuble. Le président élu a également reconnu avoir encouragé le Britannique Nigel Farage à s’opposer à la construction d’une ferme éolienne – Trump, qui possède des terrains de golf en Ecosse, a toujours combattu ce projet.

Une seule solution, la dissolution ?

Les avocats et conseillers « éthique » de George W. Bush et Barack Obama, Richard Painter et Normal Eisen, ont expliqué le problème dans un édito publié dans le Washington Post. Si Trump passe simplement la main à ses enfants, « il ne s’agit pas d’un blind trust » (fonds fiduciaire sans droit de regard) contrairement à ce que le président affirme. Trump devrait bâtir une muraille entre lui et ses enfants, ne pas les avoir comme conseiller et ne jamais parler business avec eux. Et même dans ce cas, il pourrait très bien récupérer son empire après son mandat, ce qui remettrait en doute ses décisions.

Selon les deux juristes, il n’y a qu’une solution radicale pour régler le problème : vendre tous ses actifs et placer ses avoirs dans un « blind trust » administré par un tiers indépendant, comme l’ont fait ses prédécesseurs depuis Lyndon Johnson. Un sénateur démocrate compte d’ailleurs déposer un texte pour clarifier la législation actuelle et obliger Donald Trump à suivre cette voix. Reste à voir si le président élu est prêt à se séparer d’un empire qui porte son nom.