Le Liban n'a plus de président

DE NOTRE CORRESPONDANT Avant que son mandat n'expire, le président Lahoud a décrété l'état d'urgence. Une décision contestée par le gouvernement. Toute la classe politique libanaise s’attendait à cette manœuvre de la part du président pro-syrien...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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Des centaines de personnes, en grande majorité des partisans du chef de la majorité parlementaire antisyrienne Saad Hariri, ont fêté le départ de M. Lahoud dans le quartier de Beyrouth de Tarik Jdidé, en dansant la dabké, danse traditionnelle libanaise.
Des centaines de personnes, en grande majorité des partisans du chef de la majorité parlementaire antisyrienne Saad Hariri, ont fêté le départ de M. Lahoud dans le quartier de Beyrouth de Tarik Jdidé, en dansant la dabké, danse traditionnelle libanaise. — Anwar Amro AFP
Vendredi à minuit heure de Beyrouth, le président Emile Lahoud a quitté le palais présidentiel. Son mandat a donc expiré sans qu'il ne soit désigné de successeur. La crise menace le pays. Reportage de notre correspondant sur place, à quelques heures de cette vacance du pouvoir.

Emile Lahoud n’avait plus que 1h30 de présidence à exercer. Dans ces dernières heures avant son départ du palais présidentiel de Baabda, il a mis a exécution la menace qu’il avait laissée planer plus tôt dans la journée.

Vers 21h30 (20h30 heure de Paris), il a confié les rênes du pays au commandant en chef de l’armée libanaise, le général Michel Sleimane, décrétant ainsi l’état d’urgence au Liban.

Sur le terrain, l’armée libanaise quadrille la capitale et ses environs. Les transports de troupes et les blindés légers sont omniprésents, comme l’avait souhaité le Premier ministre, Fouad Siniora, au cas où la crise politique se transforme en crise sécuritaire.

Pas de couvre-feu

Concrètement, l’armée conserve la même mission, aucun couvre-feu n’étant à l’ordre du jour
Toute la classe politique libanaise s’attendait à cette manœuvre de la part du président pro-syrien. Plus tôt dans la journée, les dernières tractations entre la majorité parlementaire du gouvernement Siniora et l’opposition menée par le Hezbollah et le Courant patriotique libre de Michel Aoun ont achoppé. Ce vendredi était organisée une quatrième session parlementaire pour élire le successeur de Lahoud. Mais malgré les efforts diplomatiques de la troïka européenne (Kouchner, d’Alema et Moratinos), les deux camps ne sont pas parvenus à trouver un accord.

Casse-tête constitutionnel

L’état d’urgence décrété par le président Lahoud pose un véritable casse-tête constitutionnel au Liban. Selon la majorité, en cas de vacance du pouvoir présidentiel, le chef de l’Etat doit transférer ses pouvoirs au conseil des ministres, conseil des ministres que Lahoud considère comme «illégitime». L’opposition, sur le même longueur d’onde que le président, préfère voir le pouvoir basculer dans le camp militaire, en attendant la prochaine séance de vote parlementaire que le président du Parlement, Nabih Berri, a annoncé pour le 30 novembre prochain.

Présidentiable

Le général Sleimane se retrouve donc dans une situation délicate: cela fait des mois qu’il maintient la neutralité de l’institution militaire, ce passage de témoin apparaît donc comme un cadeau empoisonné pour ce personnage respecté par toutes les parties, et, qui plus est, présidentiable en puissance.
Fouad Siniora conteste

Le Premier ministre libanais, Fouad Siniora, a affirmé vendredi que son gouvernement continuerait d'assumer ses responsabilités après le départ du président sortant Emile Lahoud, dont le mandat expire ce jour à minuit.
«Le gouvernement est légitime et constitutionnel (…) Il continuera d'assumer ses responsabilités et d'exercer toutes ses prérogatives.»